Xbox Game Pass : Pourquoi c’est rentable pour Microsoft !

La grosse annonce de ce début d’année 2018 est sans conteste l’ajout de toutes les prochaines sorties issues des studios Microsoft  au catalogue Xbox Game Pass et ce dès le jour de leur sortie.

Cette nouvelle version du service est-elle vraiment une affaire pour les joueurs ? Et pour Microsoft est-ce vraiment rentable de proposer les grosses sorties Xbox dans un abonnement à 10 euros ? Tentons d’analyser cela au sein de ce dossier.

Une vraie bonne nouvelle pour les joueurs !

Du côté des joueurs, le calcul est vite fait : si vous achetez deux jeux First Party par an, votre abonnement Xbox Game Pass est déjà rentabilisé. Avec le Xbox Game Pass, vous pourrez accéder à tous les jeux du catalogue Microsoft Studios dès le jour de leur sortie ! Pour 2018 vous pouvez donc déjà compter sur Sea of Thieves, Crackdown 3 et State of Decay 2 en Day One pour 120 euros. Autant dire qu’il n’y a plus que les fétichistes de la boîte en plastique qui ont encore une raison de ne pas craquer pour le service.

La distribution : l’intermédiaire court-circuité

Du côté du marché de la distribution par contre, c’est une tout autre affaire. La distribution de jeux vidéo est un marché en pleine mutation. Nous avons d’une part les petites enseignes indépendantes, qui suffoquent face à la concurrence de la grande distribution qui casse les prix, pour gagner quelques euros sur le prix de vente d’un jeu. De l’autre, les grosses enseignes et autres grands noms de la grande distribution qui, jouant sur le volume, se dégagent des marges confortables tout en proposant des prix attractifs pour le joueur. Et Microsoft dans tout ça ? Voyons déjà l’impact de ces intermédiaires (grossistes, distribution etc) sur la part que Microsoft récupère sur la vente d’un jeu physique (à gauche) et d’un jeu dématérialisé (à droite).

  • Microsoft
  • Fabrication
  • Distribution
  • TVA
  • Microsoft
  • TVA

En voyant ces deux graphiques, on comprend mieux pourquoi les éditeurs, Microsoft en tête, veulent se diriger, vers le “tout dématérialisé” ! Mais ce virage ne s’effectuera pas sans une vraie proposition de valeur, Microsoft le sait d’ailleurs maintenant que trop bien, cf les conséquence d’une offre mal ficelée à l’annonce de sa Xbox One. La volonté était déjà la même, mais sans valeur clairement identifiée pour le joueur : une grosse erreur de communication que Microsoft traîne comme un boulet depuis 2013. Avec le Xbox Game Pass, c’est par contre une tout autre affaire, cette fois-ci le bénéfice est là et les joueurs l’ont bien compris : la lente révolution du “tout dématérialisé” est en marche…

Quel impact pour le chiffre d’affaires de Microsoft ?

Revenons-en au chiffre d’affaire généré qui revient dans la poche de Microsoft, tel que nous l’avons vu sur les deux graphiques au dessus. Sur un jeu physique first party, Microsoft en sa qualité d’éditeur, fabricant de la console et développeur, récupère donc environ 40% du prix de vente du jeu. Sur un jeu dématérialisé, cette part est bien sur plus importante, car les intermédiaires de distribution disparaissent, Microsoft récupère alors 80% du prix de vente (le reste allant à l’Etat via la TVA).

Ce nouveau modèle aide Microsoft a prendre plus de risques sur ses futurs projets

La part que Microsoft récupère sur la vente d’un jeu en boîte étant toute relative, se pourrait-il alors que Microsoft gagne plus grâce au Xbox Game Pass ? Admettons qu’un jeu AAA de Microsoft Studios se vende en moyenne à 2 millions d’exemplaires (la vraie moyenne doit être légèrement inférieure), avec un ratio physique / dématérialisé de 2 pour 1 : cela représente environ 65 Millions d’euros (ou de dollars, peu importe) qui reviennent dans les poches de Microsoft.

Prenons maintenant le Xbox Game Pass : même si nous ne savons pas comment est réparti son prix, on peut imaginer que sur un abonnement mensuel de 10 €, Microsoft récupère au moins 3 €. Si le Xbox Game Pass atteint les 10 Millions d’abonnés, ce qui ne devrait pas être très difficile étant donné la nouvelle proposition de valeur du service, il faudra alors seulement 2 mois pour que Microsoft engrange un montant similaire à la vente de son AAA par le circuit traditionnel. D’ailleurs, ce circuit traditionnel, Microsoft ne le quittera pas de sitôt et continuera a réaliser aussi de nombreuses ventes en boutiques. Un chiffre que je n’inclus volontairement pas dans le calcul ici, mais qui vient de fait en soutien du chiffre d’affaire qui sera généré par le Xbox Game Pass.

Le destin de la licence Sunset Overdrive aurait-il été différent à l’ère du Xbox Game Pass ?

Sur le papier donc, cette nouvelle stratégie permet non seulement d’apporter un chiffre d’affaire similaire à la vente traditionnelle physique d’un jeu Triple A, mais permet au passage de s’affranchir des aléas du marché et des campagnes marketing difficiles. Car en effet, mon exemple au dessus prenait le cas d’un jeu vendu à 2 millions d’exemplaire, mais dans l’historique récent de Microsoft Studios, on compte plusieurs jeux de qualité qui ont eu beaucoup de mal à dépasser le million d’exemplaires vendus (Sunset Overdrive et Recore pour ne citer qu’eux). Avec le Xbox Game Pass, le revenu ne sera pas généré au cas par cas par chaque jeu, mais grâce à un catalogue global, que le joueur jugera suffisamment attrayant pour s’abonner. Le risque étant partagé au niveau du catalogue plutôt qu’au niveau du jeu, il se pourrait que ce nouveau modèle aide Microsoft a prendre plus de risque sur ses futurs projets, avec peut-être plus de jeux solo.

Microsoft consolide sa stratégie “Games as a service”

Cela fait déjà quelques années que Microsoft ne cache plus sa volonté de basculer vers un modèle “Games as a service”. Sur ce modèle, les jeux deviennent des plateformes propices à la vente de contenu additionnel : DLC, lootboxes etc. Minecraft, Rocket League, Overwatch ou Destiny en sont d’ailleurs les meilleurs exemples ! Avec sa nouvelle stratégie Xbox Game Pass, Microsoft ouvre ses jeux à bien plus de joueurs, et qui dit plus de joueurs, dit forcement plus de personnes susceptibles de réaliser des microtransactions tout au long de la durée de vie du jeu !

Au delà des bénéfices financiers de cela peut apporter côté Microsoft, côté joueurs, cela donne l’assurance d’un jeu mieux soutenu sur la durée par son développeur, car regroupant potentiellement plus de joueurs. Nous verrons de toute façon bien vite les impacts de ce nouveau modèle puisque Sea of Thieves, conuçu dès le départ dans l’optique du “Game as a service”, sera le premier jeu Microsoft Studios à intégrer le catalogue Xbox Game Pass dès le jour de sa sortie le 20 mars 2018.

Alors, rentable ou pas rentable ?

On se doute bien que si Microsoft se lance sur ce créneau du service d’abonnement de jeux à la demande, c’est qu’il y trouve son compte. La vraie question sera alors de savoir à quel point ce nouveau modèle permet d’améliorer les comptes du géant de Redmond ? Il faudra guetter avec attention les prochains résultats financiers pour en avoir le coeur net ! En attendant, nous joueurs, nous nous en frottons déjà les mains par avance : plus de jeux Day One pour moins cher, que demande le peuple ?!

Nintendosexuel de naissance, je suis tombé dans la marmite Xbox en 2005 avec l'arrivée de la Xbox 360. Depuis, je me suis fait greffer un pad dans les mains et un casque sur la tête en quête de nouvelles expériences indés ou multijoueurs.

6

  1. Très bon article et je pense que le modèle “Netflix” sur le jeu vidéo peut tout à fait marcher. Tout va dépendre comme Netflix en France du contenu qu’il proposera pour le prix d’un abonnement. Mais apparemment j’avais ici ou là sur tweeter que quelques développeurs s’intéressaient à ce que faisais Microsoft a ce niveau. On peut très bien arriver à un abonnement tout compris ou un abonnement avec des formes d’option payantes pour cibler un peu plus le desiderata de chacun. Mais le tout dématérialisé arrive à grand pas. Merci pour l’article ;)

  2. Super article. Cette offre proposée par MS c’est du vrai gagnant/gagnant. Super alléchant et je suis preneur (comme beaucoup je suppose) : tout est dit dans l’article, avec 3 jeux AAA DAY ONE, le Game Pass est rentabilisé. J’espère que leur démarche paiera et attirera toujours plus de joueurs sur leur plateforme XBOX.

  3. Bonne initiative ! Je n’achète quasi plus aucun jeu boîte à moins d’avoir une grosse promo, donc ça m’intéresse. D’ici à ce que Microsoft y intègre des éditeurs tiers (comme dit au-dessus, une option payante pour intégrer EA Access ou autres éditeurs ?) ce serait le top. Mais ça va me permettre aussi de jouer à des jeux que j’ai raté ou de m’intéresser à certains que je n’aurai pas acheté.
    Il me manque maintenant deux choses : un gros DD externe, et la fibre :)

  4. Trai jolie article je me suis laisser tenté y a quelque mois mais le totale de tout les abonnements me revenez trop cher donc j’ai du l’annuler avec regret

  5. Le Game Pass est une excellente alternative pour les petits budgets aujourd’hui mais avec le temps il pourrait devenir l’option préférée des joueurs.
    Excellent article où j’ai appris plein de choses.

  6. Excellent article moi je suis d’accord avec MS pour cette idée un Netflix à la sauce jeux vidéos ça va permettre de tester dès exclus sans mettre trop de sous de partout et après de finaliser l’achat du jeu pour le mettre dans sa collection ou pas du tout

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