Hugues Ouvrard : ” Ma culture du gaming est drivée par ce qu’il y a de plus important : le plaisir de jouer “

En décembre 2017, lors de la journée mondiale du handicap, Xbox a lancé la semaine #TousGamers. Cette initiative devait mettre en lumière les problèmes d’accessibilité aux jeux vidéo mais, surtout, les solutions qui existent au travers des associations qui travaillent en ce sens.

 

Hugues Ouvrard, directeur Xbox en France, s’est largement investi à titre personnel. Avec nous, il revient aujourd’hui sur cette initiative et nous partage son regard sur la question de l’accessibilité.

 

Morceaux choisis.

Sans revenir sur la genèse du projet, pourquoi le sujet de l’accessibilité est important pour vous ?

Hugues Ouvrard, Final Boss de Xbox en France : « Il existe chez Xbox un programme mondial « Gaming for Everyone » qui veut qu’on place le joueur au centre de notre stratégie. L’idée de ce programme est qu’il y a un infini de diversité dans la manière de jouer et dans les profils de joueurs. De fait, on va tout faire pour proposer une offre ou chacun trouvera de quoi être satisfait.

Concrètement, ça signifie :

  • Proposer le Game Pass aux joueurs qui préfèrent des offres en souscription
  • Développer Sea Of Thieves pour les joueurs qui veulent du co-op en ligne
  • Pousser le programme Indy@Xbox pour les gamers qui aiment jouer aux jeux indés
  • S’adresser à des joueurs qui ont des problèmes d’accessibilité
  • Mettre à disposition la manette élite des joueurs très exigeant en termes de matériel
  • etc.

#TousGamers est une initiative personnelle qui fait suite à un échange sur twitter avec Hichem (un joueur en problème d’accessibilité ndlr). Je n’ai pas dans mon entourage des personnes qui ont des problèmes d’accessibilité graves mais je me suis rendu compte, en discutant avec lui, qu’une population de gens avait du mal à accéder à nos jeux et qu’il fallait, autant que faire se peut, les aider. »


Qu’est-ce qui vous a motivé à produire ce format d’initiative plutôt qu’une solution matérielle comme des manettes ou des contrôleurs adaptés ?

« D’un côté, il y a environ 1 milliard de personnes dans le monde qui souffrent de problèmes d’accessibilité. Et parmi cette population, il y a des gamers, ou des gens qui aimeraient jouer, qui se disent qu’ils ne peuvent pas. Parce qu’ils ne peuvent pas se servir d’une main, parce que leur vue est moyenne ou mauvaise, parce qu’ils n’entendent pas, etc.

De l’autre côté, il y a les associations comme GameLovers, Capgame, Handigamer, qui proposent des solutions et réussissent à répondre à une grande partie des problèmes rencontrés.

Puis je me suis demandé « qu’est-ce que je sais faire dans la vie ? ». Je ne sais pas développer des jeux mais je sais organiser les choses et animer des projets pour les développer. Mon rôle était donc d’être le ciment entre ces parties pour rapprocher joueurs et associations et montrer que des solutions existaient. Il fallait créer un carrefour de rencontre.

En parallèle, la journée mondiale du handicap approchait et nous nous sommes décidés à apporter une réponse pour cette date (environ 1 mois plus tard ndlr). Nous avons donc créé #TousGamers dont l’objectif est de mettre en avant associations et joueurs avec des problèmes d’accessibilité pour montrer que des solutions existent. »


Xbox est le seul à avoir porté le sujet. Comment l’expliquer ?

« La seule façon dont Xbox a aidé, c’est au travers de ses ressources d’équipe ou financière : réservation du local, traduction de la table ronde en Langue des Signes Française, etc. Le sujet est important mais ce n’est pas important que ce soit Xbox ou Playstation qui en parle. L’important est de revenir à un point fondamental.

Ma première console date de 1979 et je me souviens qu’il était extrêmement difficile de jouer. C’est une forme d’accessibilité. Evidemment ce n’est pas comparable mais parfois, juste pour réussir à afficher l’écran d’accueil de sa console sur sa télé, il fallait mettre des heures à régler et capter la bonne chaine. Et quand on y arrivait, ce n’était pas toujours évident de jouer.
Mais ce qu’il y avait derrière ça c’est le plaisir de jouer. Ma culture du gaming est originellement drivée par ce qui a de plus important : pouvoir jouer.

Xbox est impliqué mais Xbox est invisible. Parce qu’on voulait faire réagir l’industrie et que le sujet est plus important que de savoir si c’est Xbox ou Playstation qui le fait. Moi ce que je souhaite c’est que des personnes qui ont problèmes d’accessibilité puissent jouer.

Aujourd’hui le secteur du JV est souvent très négatif. Le JV est un produit merveilleux mais les consommateurs oublient ça et se limitent à des guerres de consoles ou de notes. C’est des conneries. On voit rarement ça dans les autres secteurs du divertissement. Vous n’avez pas sur les réseaux sociaux les fans des Rolling Stones qui insultent les fans des Beatles. Par contre, ça, dans le jeu vidéo ça existe. Il y a une forme d’immaturité et de côté négatif que je n’aime pas.

Lorsque je discute avec les personnes qui ont des problèmes d’accessibilité, et en travaillant avec les associations, je retrouve quelque chose de fondamental et qu’on a oublié : c’est le plaisir simple du jeu. Ces joueurs ne se demandent pas si tel jeu est mieux qu’un autre ou si telle console est meilleure qu’une autre. Ils jouent pour le plaisir de jouer. Et c’est très revigorant. »


Quel a été l’accueil des joueurs ?

« L’accueil a été positif mais il y a aussi eu des réactions négatives. Les gamers sont le reflet de la société. Ils ne sont ni plus compréhensifs ni moins compréhensifs. Le regard de la société change sur l’accessibilité et il est logique que celui des joueurs change également. Je pense que nous avons excité leur curiosité et que nous leur avons fait découvrir un monde qu’on ne peut pas conceptualiser quand on a pas de problème d’accessibilité.

Le jeu vidéo est souvent attaqué mais il y a une chose qu’on oublie. Quand vous jouez contre une personne à l’autre bout du monde, elle ne sait pas quelle est votre couleur de peau, quel est votre sexe, si vous êtes valide ou pas. C’est une façon de mettre tous les gamers à égalité et je pense qu’il y a aujourd’hui des gamers qui jouent avec des gens qu’ils n’aborderaient pas dans la rue. Le jeu vidéo peut permettre de dépasser ça.

Le rôle de lien social du jeu vidéo est souvent oublié et on découvre maintenant qu’il a également un rôle pédagogique sur les problèmes d’accessibilité. »

Du point de vue de Microsoft, l’accessibilité fait-elle partie de la stratégie globale ?

« Microsoft est une des premières entreprises mondiales. Microsoft a, avec IBM et Apple créé l’informatique. Nous ne sommes pas qu’une entreprise de Jeux Vidéo.

Quand vous êtes une entreprise de cette taille vous avez une mission et la nôtre est claire. Elle a été définie pas Satya Nadella (CEO de Microsoft) :  « Our Mission is to empower every person and every organization on the planet to achieve more ». ( “Notre mission est de donner les moyens à toute personne et toute organisation présente sur la planète d’accomplir davantage” )

Au niveau du gaming cela veut dire qu’il faut permettre à toutes les personnes de jouer. Et nous sommes en ce sens très différents de la plupart des autres entreprises de gaming qui sont des pure players. Nous avons une vision toujours plus large pour essayer de contribuer en tant que grande entreprise à améliorer cette planète. »


Pour finir, la solution pour améliorer l’accessibilité doit-elle être inclusive, c’est-à-dire adapter les jeux existants à tous les joueurs ou, au contraire, créer des expériences sur-mesure ?

« Les deux existent. Ce n’est pas à nous de choisir mais il faut donner le choix. Il faut donc plus d’inclusion dans les jeux existants et développer des jeux adaptés aux problèmes d’accessibilité. Il est important de sensibiliser les différents acteurs et aider à développer des solutions pour permettre toujours plus d’accessibilité.

#TousGamers c’est faire en sorte que tout le monde puisse jouer aux mêmes jeux ! »

L’opération menée fin 2017 n’était qu’un début. Même si tout n’est pas encore communiquable, il semble clair que #TousGamers n’est pas un coup d’épée dans l’eau et que Hugues Ouvrard et ses équipes ont, avec l’aide des associations et des joueurs, décidé de porter le projet plus haut. On nous promet surprises et nouveaux partenaires : tant mieux, cela ne pourra que bénéficier à rendre le Jeu Vidéo plus large, plus universel, plus apaisé.
Il est également important de souligner que l’inclusion des joueurs en situation de handicap ou avec des problèmes d’accessibilité n’est pas qu’une question d’entreprises. Il nous appartient également à nous, joueurs, d’être plus tolérants, plus ouverts, et de comprendre qu’il est nécessaire que chacun trouve de quoi être satisfait dans le jeu vidéo.
Loin de ses limiter à une simple interview, Xboxsquad.fr reviendra aussi très prochainement sur des nouveautés pour apporter sa pierre à l’édifice.
Merci encore une fois à Hugues Ouvrard et ses équipes pour leur disponibilité à notre encontre et pour l’engagement dont ils font preuve sur ce sujet important.

Recommandations de matériel, accompagnement pour former les professionnels du secteur et bientôt même des contenus relatifs à l’E-sport, CAPGAME facilite l’accès aux jeux vidéos pour le public en situation de handicap.

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HandiGamer est un projet ayant pour objectif de faciliter l’accès aux jeux vidéo aux personnes atteintes d’un handicap, sous la forme de manettes adaptées à différents handicaps. Des créateurs de solutions !

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Ce sont 8 gamers qui se rejoignent sur leur passion : le jeu vidéo. À force d’en parler, d’échanger sur leurs difficultés et succès, ils ont fini par se réunir autour d’une console pour des parties au sein d’un foyer.  Leur but ? Tester les jeux et valider s’ils sont accessibles aux personnes en situations de handicap.

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Après m'être plongé dans des esprits aussi torturés que brillants et vécu des expériences dont la singularité n'égale que leur étrangeté, j'ai décidé de jouer. Alors je joue :)

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  1. “Il nous appartient également à nous, joueurs, d’être plus tolérants, plus ouverts, et de comprendre qu’il est nécessaire que chacun trouve de quoi être satisfait dans le jeu vidéo.”

    À méditer.

    • C’est une des bonnes phrases à retenir en effet. Les efforts sont aussi à faire par nous. Il appartient à chacun d’être plus ouvert et plus accueillant, de comprendre que le jeu vidéo n’appartient à personne mais qu’il est au contraire au service de tous.
      Hugues Ouvrard le dit très bien, les guéguerres sont des conneries. Rassemblons-nous au lieu de nous tirer dans les pattes !

    • Giga-Partouze 8|

      (Oui j’ai une certaine réputation :D)

    • Un jour, j’arriverai à sortir des smileys, je vous le jure.

    • On devrais la mettre dans une petit encadré!

    • Tu parles bien de ma phrase là ? :pepe:

    • … coquin!

  2. Paix et amours les gars.

  3. C’est vrai qu’il raconte des choses sensées et que souvent l’égoïsme de chacun fait oublier le pourquoi on fait du jeu vidéo. Bon interview en tout cas .

    • Merci Kentarus. C’est d’autant plus pertinent quand il en parle en direct. C’est un vrai bon moment passé avec lui.

    • J’imagine bien. Je lis souvent ces tweets et ils sont toujours pertinents à lire

    • Toujours, toujours. Je dirai souvent. Parfois, il sort des trucs qui sont peut-être vrai d’un point de vue commercial, mais pas forcément en phase avec une partie du public (les versions boîtes as been). Pour finalement revenir dessus quand ça l’arrange. Du reste, c’est vrai qu’il est important de pouvoir permettre à tous d’accéder à ce loisir (et à d’autres) au delà du handicap. Et surmonter les guerres de console aussi. Mais ça, c’est parce que je bouffe à tous les râteliers :)

  4. ” il y a environ 1 milliard de personnes dans le monde qui souffrent de problèmes d’accessibilité”

    Plusieurs fois que je lis cette statistique. Je me demande toujours comment ils en arrivent à cette conclusion, qu’elles sont les critères ? J’ai beaucoup de mal à imaginer qu’une personne sur 7 est handicapée dans le monde surtout dans les pays en développement où la mortalité infantile est élevé.

    • Je pense que ça prends en compte tous les types de handicap, dune forte myopie, d’un acuphene à des problèmes de mobilités dû a l’arthrose pour les éléments les moins “visible” mais qui sont également handicapant.

    • Je ne voyais pas les choses comme ça mais c’est bien possible en effet, ça parait logique.

    • En effet, Greg vise juste. Le daltonisme est par exemple un problème d’accessibilité également. Tout ce qui fait que tu dois t’adapter à l’existant est un problème d’accessibilité.

    • J’ai entendu récemment qu’il y aurait près d’un français sur 5 sont victimes d’acouphènes.
      C’est juste énorme.
      Et quand on voit l’omniprésence d’écran, les problèmes de vue seront sûrement en hausse dans les décennies à venir.

    • Je viens de me relire et c’est pas du tout français ce que je dis.
      Comprenne qui pourra :D

    • Je pense. Atteint d’une forte myopie, et malgré une bonne correction, je vous dis pas comment j’en ai chié sur xenoblade chronicles X avec les dialogues en minuscule. Un des trucs qui m’a fait lâcher le jeu alors que j’adorais. Et pas moyen de grossir le texte. C’est dommage.

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