Tribune – Le Battle Royale, un genre éphémère ou l’avenir du jeu vidéo ?

Je me propose aujourd’hui de vous partager mes réflexions autour du succès, ou non, d’un genre particulièrement tendance depuis le succès de PlayerUnknown’s Battlegrounds : le Battle Royale. Pourquoi un tel succès ? Existe-t-il un avant / après PUBG ? Le Battle Royale sera-t-il le genre le plus bankable dans les prochaines années au point d’être une véritable révolution dans l’industrie ? Point de prédiction à la Madame Irma mais j’ai essayé d’apporter des réponses à toutes ces questions en confrontant nos habitudes de jeu, l’évolution du marché et les mécaniques propres au Battle Royale. En espérant que les propos qui suivent vous amèneront à réagir pour exprimer votre opinion !

De quoi parle-t-on ?

 

Existe-t-il encore des personnes qui ignorent l’existence des jeux typés Battle Royale ? Oui ! Mais de ce que j’ai pu constater il s’agit de joueurs au profil que l’on pourrait qualifier de casual dans le sens littéral du terme. Loin des flux d’actualité liés au jeu vidéo et préférant passer le peu de temps libre dont ils disposent sur d’autres titres, ils sont tout simplement désintéressés du phénomène. Pour les irréductibles gaulois du fond, le Battle Royale vous offre la possibilité de devenir l’ultime survivant d’une meute de dizaines de joueurs dans un environnement de jeu dont la taille se restreint petit à petit afin d’encourager les affrontements.

Beaucoup ont cédés à l’appel de la curiosité grâce à PUBG ou au mode Battle Royale de Fortnite, mais le concept est présent depuis une vingtaine d’années avec le trio gagnant de la fin 1999 – début 2000 : le livre, le film et le manga Battle Royale. Il faut attendre 2013 avec ARMA II et son mode DayZ pour trouver le précurseur du genre, en matière de jeu vidéo, personnifié par Brendan Greene qui sera à l’origine de PUBG. La boucle est bouclée.

Il est fort intéressant de voir que le principe du Last Man Standing (littéralement le dernier homme debout) est considéré comme un jeu dans l’œuvre littéraire. L’émergence du genre sur notre Xbox One ne serait donc qu’une conséquence somme toute logique de par son essence ludique ? Je ne suis pas fan des évidences dans la vie mais il faut avouer que les différents genres de jeux vidéo trouvent tous plus ou moins leur origine dans un jeu réel tel qu’en témoignent les simulations sportives, les jeux de course ou les FPS. Le RPG est lui-même apparu en réponse au jeu de plateau Donjons et Dragons. Je ne peux que vous conseiller la lecture du livre ‘Le jeu vidéo’ (Le jeu vidéo – Ce que nous y recherchons par Timothée Paez) si le sujet vous intéresse.

PUBG constitue le véritable pionnier du genre à mon sens et quand on entendra un titre officialisé, la comparaison sera inévitable en parlant de PUBG-like tout comme ce fut le cas pour Quake ou encore GTA. Pour les inconnus qui passent, un rapide rappel de la formule initiée par le titre de Bluehole Studios : être largué en parachute avec 99 autres joueurs réels sur une vaste map au sein de laquelle sont disposées des armes dans le seul but d’être l’unique survivant. La possibilité de jouer en duo et en quatuor a également été introduite, ce qui participe également à la popularité du genre.

Pourquoi un tel succès ?

 

Avant tout il convient de rappeler certains chiffres que nous avons tous en tête mais qu’il faut comparer à d’autres jeux Online. PUBG et Fortnite cumulent à eux deux plus de 80 millions de joueurs sur une période de disponibilité (je ne parle pas ici de commercialisation puisque le mode BR du jeu d’EPIC Games est gratuit) de 8 mois. Comparé aux 140 millions d’unités vendues de Minecraft sur des années ou à la petite dizaine de millions de comptes mensuels actifs de WoW, la performance est incroyable, le succès fulgurant. Avec ses pics à 3 millions de joueurs, PUBG amasse les foules. Sans compter la forte médiatisation via les plateformes de streaming (1 million de viewers sur la HypeZone de PUBG en 3 mois !).

La première raison qui peut expliquer le succès du Battle Royale est claire : le concept est simple, basique et efficace ; survivre ! Le Battle Royale a le mérite d’être populaire au sens premier du terme, il embrasse tous les types de joueurs : casual, noob, troll, cheater, joueurs professionnels, et autres adeptes du jeu vidéo. Et ce n’est pas un hasard si on regarde les différents succès de ces dernières années. Minecraft, Rocket League, Overwatch : tous ces titres reposent sur une structure qui tend à devenir universelle et qui consiste à rendre un jeu facile à prendre en mains mais difficile à maîtriser. Sea of Thieves fera également partie de cette liste plutôt éclectique. Le Battle Royale est un encouragement pour le dépassement de soi grâce à une autre particularité essentielle à son succès.

On ne perd jamais. Et oui ! La fin de partie, même si elle ne se conclue pas sur un Winner Winner Chicken Dinner, n’est jamais frustrante et le joueur se dit toujours qu’il peut faire mieux. Même dans le cas d’un classement totalement honteux on ne rejette jamais la faute sur les mécaniques de jeu mais sur nous-mêmes ! ‘Je n’ai pas été rapide pour looter une bonne arme’, ‘Je n’aurais pas du tirer sur ce mec à moins d’être sûr de mon shoot’, etc. L’échec, ou la réussite, est intimement lié à notre performance et uniquement celle-ci. Le sentiment est décuplé avec le jeu en équipe puisque le Game Over est souvent synonyme d’engueulades et de reproches entre joueurs, non envers le jeu. Qui n’a jamais reproché à son coéquipier une mort prématurée parce qu’il avait ramassé toutes les armes dans la pauvre ferme où vous vous êtes parachutés ? Pour ceux du fond, les sceptiques et les anti-BR, j’enfonce le clou en affirmant que c’est la formule initiée, le format, par PUBG et copiée par Fortnite qui permet à ces titres de bénéficier d’un tel engouement. J’en veux pour preuve le terrible échec de The Culling qui est pourtant le véritable premier Battle Royale sorti sur Xbox One au mois d’août 2017. Le titre s’est révélé sympathique et se démarquait de PUBG sur pas mal de points mais n’a malheureusement pas su trouver son public. La faute à quoi ? Manque de communication, limité à 16 joueurs, techniquement instable, etc… les causes sont multiples.

Le principe du Battle Royale fait également partie intégrante d’une saga cinématographique qui a rencontré un succès international (qu’on le veuille ou non) au début des années 2010 : Hunger Games. Les films ont largement contribué à populariser le concept : échapper à la mort. Un concept qui, si on élargit au champ de la philosophie, représente la finalité intime de chacun d’entre nous : vivre le plus longtemps possible. Le BR serait donc un exutoire inconscient et ludique de notre peur de mourir dans la vie réelle ? Nul doute que vous ne pensez pas à cela quand vous vous lancez dans votre partie de PUBG mais il me semble que la piste de réflexion est intéressante.

Pour des esprits plus terre à terre, c’est avant tout le fun et l’adrénaline procurés par ces sessions surviving qui sont à l’origine de votre attachement, voire de votre addiction (avec les sujets de l’oms peut être dur de parler d’addiction. Irrépressible besoin ? Insatiable appétit ?) ? aux jeux du genre. Et nous le savons tous, ces émotions sont décuplées à partir du moment où nous jouons avec des potes. Il n’y qu’à voir ces innombrables co-streams sur PUBG et Fortnite pour comprendre l’engouement autour de ces titres.

Vers un E3 2018 Battle Royale ?

 

Dès qu’un genre de jeux connait le succès, les studios désireux de tirer profit de ce terreau fertile afin d’y planter leur propre arbre sont légions. Nous l’avons vu par le passé avec Minecraft ou même Candy Crush sur mobiles. Une recette bankable et c’est l’émergence de tout un tas de jeux du genre en l’espace d’une année suivant la commercialisation du ‘précurseur’.

Peut-être vous souvenez-vous de cet E3 2015 où chaque présentation de jeu était ponctuée par deux mots : open-world. Peut-on voir se reproduire le même phénomène cette année ? Beaucoup d’éléments tendent à réfléchir sérieusement à la question. Tout d’abord cette fameuse rumeur sur Red Dead Redemption 2 qui annonce la venue d’un mode Battle Royale pour le multijoueur. Au-delà d’une certaine crédibilité (GTA Online dispose déjà d’un tel mode), cela a le mérite de montrer la propension hallucinante que les gens ont à voir du BR partout…

Deuxièmement, on note déjà quelques annonces de jeux typés Battle Royale. En tête, le projet colossal du studio Automaton avec Mavericks : Proving Grounds qui compte accueillir pas moins de 400 joueurs dans ces parties tout en proposant des environnements plus fouillis. Mais l’évolution du BR ne doit pas uniquement passer par une augmentation du sacro-saint nombre de 100 joueurs. L’exemple est donné par Fear the Wolves, le prochain jeu édité par Focus Home Interactive, dont l’action prend place sur une map se situant aux alentours de Tchernobyl. Ainsi, il s’agira plus de réussir à survivre face à une faune et une flore boostées par les radiations plutôt qu’aux autres joueurs. Dernier exemple avec The Darwin Project qui prend le pari d’une survie dans des conditions climatiques dignes de la Sibérie. Ce dernier propose également une évolution du Battle Royale avec la mise en place d’interactions avec les viewers sur Mixer. Une fonctionnalité intelligemment pensée à la vue du succès de PUBG et Fortnite sur les différentes plateformes de streaming, ou opportuniste ? L’ajout d’un gameplay asymétrique avec un Game Director est également intéressant pour Darwin Project qui tout en puisant ses inspirations chez la concurrence a suffisamment de richesse pour en faire un titre tout à fait rafraîchissant.

Le BR, déjà une overdose ?

 

On note deux écoles : ceux qui en veulent toujours plus et ceux pour qui le Battle Royale est déjà indigeste. Cette dernière catégorie de joueurs est évidemment intéressante car pour connaître les raisons d’un succès il faut également en identifier les échecs.

La première critique qui est faite est bien évidemment la redondance du principe du jeu. Un point de vue que je ne partage pas car quel jeu vidéo n’a pas un concept amenant une certaine répétitivité ? Que vous prenez part à un match de FIFA, une course de Forza, un combat dans Killer Instinct, une quête dans The Witcher ou une chasse au trésor dans Sea of Thieves, tout est répétitif mais vous n’avez jamais le même déroulé ou la même philosophie de jeu. Le gros problème de bon nombres de joueurs aujourd’hui est leur mode de consommation du jeu vidéo qui est conditionné à la fois par la casualisation et la sur-médiatisation. Pas assez structuré, des attentes trop importantes et la propension à critiquer la moindre chose mais ceci rentre dans le cadre d’un autre débat qui sera traité ultérieurement.

Toutefois cela est directement lié au principal reproche fait aux Battle Royale : trop de comportements néfastes pour rester poli. Quelque soit l’exemple, le nombre de joueurs utilisant des techniques pas très fair, voire carrément dégueulasses, est proportionnel au succès populaire et les BR ne font pas exception à la règle. Bugs et autres glitchs ont toujours fait partie du paysage vidéoludique et malheureusement il y aura une exploitation malsaine de ses erreurs de développement.

Pour conclure ce point, la question n’est finalement pas de savoir si le Battle Royale est une mode éphémère ou durable, évidemment que les productions BR vont être multipliées dans les prochains temps puis vont stagnées. La question primordiale est de savoir si l’émergence de nouveau genre peut enrichir les expériences proposées par de futurs titres melting pot ? On voit de plus en plus de studios proposés des visions très polygenres avec dernièrement The Council qui mélange RPG et jeu narratif ou encore le prochain titre de la Team17, Genesis : Alpha One, qui proposera une expérience estampillée FPS, Rogue-like, Horreur et BaseBuilding. Nul doute que votre imagination à la lecture de ce passage frétille déjà pour répondre à la question suivante : dans quel(s) type(s) de jeux pourrait-on inclure des éléments de Battle Royale ?

C’est cette idée que je vous propose de garder en tête pour cette tribune : oui le Battle Royale est un succès auprès d’un public varié où chacun y cherche un exutoire précis et personnel, oui la sur-médiatisation du genre peut pousser à l’overdose, mais au final nous ne pouvons que nous réjouir de l’apparition du genre dans notre catalogue de jeux sur Xbox One car le plaisir de la découverte fut au rendez-vous et est plein de promesses pour l’avenir de l’industrie. Sans compter que le poulet n’aura jamais été un plat aussi demandé !

Je suis tombé dans la marmite Xbox en 2003 et depuis je n'ai plus besoin de potion magique pour m'intéresser à tous les jeux qui sortent sur ces belles machines au fil des années. Je suis accessoirement un PGM en mousse.

7

  1. Très bon article. Je pense que c’est un genre qui risque de perdurer et en même temps évoluer. Il y a 12000 façons de faire du BR et Darwin Project est un bon exemple. Il apporte quelque chose au genre. Même si j’ai l’impression qu’il n’arrive pas à se faire sa place. ? En tout cas, très intéressant à lire. ?

  2. Pour ma part je pense que sur le long terme le BR deviendra un mode de jeu parmi les autres aux côtés des CTF et KOTH. Perso je n’ai pas encore trouver le BR qui me corresponde, j’attends de voir Fear the Wolves le concept me plait bien.

  3. Jolie tribune Tinou. Avec l’émergence de l’esport, je pense que le BR a encore de beau jour devant lui. J’attendrai de mon côté qu’il puisse proposer davantage de gameplay pour y céder. Permettre de poser des pièges, de traquer ses ennemis etc..

    • Ça c’est exactement Darwin Project. ?

    • Pas encore pu tester de mon côté. D’autant que je suis malheureusement pas adepte des jeux en game preview

  4. Un article que j’ai lu avec plaisir après je le vois vraiment comme une dérive ou une catégorie émergente du FPS. Pour le moment c’est pas vraiment un style de jeu dont je m’interesse vraiment. Peut-être au fait que j’ai pas trouvé le BR qui me convienne . Je ne sais pas.

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