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Xpression Libre #03 – Bibi : Quand le jeu devient Violence

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Comme nous tous, vous avez sans doute des choses à dire sur le Jeu Video. Que ce soit pour saluer une œuvre ou pour passer un coup de gueule, pour partager votre avis ou faire découvrir votre monde, Xpression-libre est une tribune qui vous est réservée. Prenez la parole, à l’écrit ou en vidéo, envoyez-nous ça, et nous le publierons sur le site.

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Bibi est un membre de l’équipe de Xboxsquad.fr. Cultivé, drôle et excellent rédacteur, Bibi cumule les qualités et rayonne au quotidien. Le genre de mec qui ne se plaint pas pour rien, sauf lorsqu’il s’agit de jouer à RAGE2, et qu’on apprécie forcément. Alors quand son avatar de Panda est venu poster en message privé un coup de gueule, c’est forcément une claque que l’on se prend. Un papier qui démarre gentiment mais qui vous invitera, sans doute, à quelques minutes d’introspection avec une seconde partie saisissante. 

Xpression Libre #3 – Bibi : Quand le jeu devient Violence

Xpression libre est une tribune libre ? Alors me voilà. Pour un temps, je laisse de coté ma manette pour vous raconter pêle-mêle ce qui me dégoute, m’effraie ou, à minima, m’insupporte dans les rapports entre les joueurs sur le Xbox Live. J’imagine sans peine que ce dont je vais parler se rencontre sur toutes les plateformes. Je prends la plume (plutôt le clavier, non ?) car j’ai le sentiment que la situation se dégrade lentement mais surement. Inexorablement ? Je n’ose y penser. Néanmoins, n’y voyez pas une nostalgie des débuts du Xbox Live. C’est vrai qu’à l’époque, la nouveauté du service poussait les gens à une certaine retenue etc. Mais ceci est plutôt un coup de gueule, surement vain, d’un joueur lambda contre certaines mauvaises habitudes.

Les groupes d’ami

J’ai vu dernièrement un tweet hallucinant de Xbox.fr. J’ai tenté de le retrouver mais en vain. L’aurai-je rêvé ? C’est possible. En gros, cela disait « quand vous mangez en groupe d’ami, pensez à couper votre micro ». Sans rire, on en est là ? Xbox.fr prend la peine de communiquer sur les règles élémentaires du vivre ensemble, de la politesse et j’irai même plus loin, de l’empathie. « Tu exagères pas un peu, là, Bibi ? » vous-demandez vous ? Non et je m’explique.

Avec la Xbox One, dans les groupes d’amis, le progrès des micro/casques aidant, on entend mieux et absolument tout désormais. Les moindres rôts, mastications, musiques, rouleuses à cigarettes, vapotage vous sautent littéralement aux oreilles. Alors, la plupart des personnes sont bien élevées et coupent leur micro si elles doivent s’adonner à l’une de ces activités. D’autres oublient (c’est humain) et s’excusent (c’est poli). D’autres s’en contre-fichent. On a beau leur dire, répéter, limite faire la leçon… peine perdue. Raison invoquée ? Aucune. Juste le plaisir malsain d’embêter autrui, je ne sais. Ou une vaine tentative de prouver quelconque virilité ridicule ? Et là je reviens sur mon affaire d’empathie, ou le fait de se placer à la place de l’autre.

Les oreillettes sont perfectionnées et délivrent un son de qualité telle que l’on jurerait que les participants à un groupe d’ami vous parlent à l’oreille. Dans la « vraie vie », qui supporterait qu’une personne se colle à vous et vous rote à l’oreille. Vous mastique je ne sais quoi à l’oreille. Vous passe le dernier morceau de Tartanpion. Qui ? Cela ne viendrait à l’idée de personne. Et pourtant, inlassablement, sur le Live, quand je tombe sur des indélicats, je passe pour un illuminé, voire ironiquement pour un intolérant quand je rappelle qu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour couper son micro pour éviter de faire profiter au monde de ses éruptions buccales. C’est fatigant, épuisant. Mais je suis endurant et continuerai à faire le pénible pour que le pénible bruyant fasse « l’effort » de se muter ou de partir du groupe.

Des messages venus d’ailleurs

L’empathie, plus j’y pense, plus c’est le maître mot. Et décidément, certains devraient tourner 7 fois leur stick droit avant d’envoyer un message et de distiller leur petite dose de haine quotidienne. Je ne compte plus les messages insultants reçus de la part de parfaits inconnus (même si cela s’est grandement calmé, d’ailleurs, depuis que j’ai cessé de faire des vidéos Kinect, passage à la One X oblige). En substance, des messages me traitant de cotorep, d’assisté, de rentier, me reprochant d’être tout le temps connecté au Live, me disant de trouver une femme… Hé bien merci. Je ne connais pas du tout ces personnes mais visiblement elles croient me connaitre et s’inquiètent pour moi^^.

  1. Alors oui, je suis très souvent connecté, c’est vrai… mais si tu le remarques, cher ami, ça veut dire que toi aussi tu es constamment sur ta Xbox, et de surcroît à suivre mes activités. Ne serait-ce pas à toi de te poser des questions ?
  2. Me trouver une femme ? Déjà fait ! Je vis avec ma compagne depuis 15 ans. On s’est marié en août dernier d’ailleurs… mon témoin est mon meilleur ami, rencontré sur le Xbox Live en 2006, sur Gears of War.  Donc merci de ne pas « s’inquiéter » ni balancer des messages haineux.
  3. L’argument du rentier/cotorep/assisté me fait rire jaune. Si tu savais, mec, qui m’envoie ces joyeusetés. Depuis 2009, je suis atteint de sclérose en plaques et reconnu travailleur handicapé, soit cotorep comme on disait avant. Et de 2009 à 2018, je me suis battu comme un beau diable pour conserver mon poste de responsable Contrôle Qualité dans une entreprise du secteur agro alimentaire (grâce à mes collègues, direction, médecine du travail, tout le monde a aidé). Oui mais au bout d’un moment, le corps et l’esprit n’en peuvent plus. Le travail ne devient plus malheureusement une échappatoire, mais une source d’angoisse, de fatigue et de frustration. Alors j’ai dû, à cause de ma maladie, mettre un terme à cette carrière pro. De ce fait, pour moi, corotep n’est pas une insulte, bien au contraire. Ça veut dire que tu te bats, dans mon cas, contre des parties de ton corps qui te trahissent, contre les préjugés, contre la condescendance. Car oui, dans mon travail, bon sang que j’étais bon. Mais je ne peux plus travailler, porter de charges, conduire, marcher longtemps… Alors je m’évade grâce aux jeux vidéo et au xbox Live. Ce sont de formidables fenêtres vers le monde quand la porte est fermée. J’ai expliqué cela de vive voix à une personne qui m’avait envoyé un message et évidement il s’est trouvé très bête, ne sachant évidement pas mon parcours (comme aurait-il pu). Alors je lui ai dit que pour éviter cela, il suffit de s’abstenir, tout simplement… Le plus minable dans l’histoire ce sont les autres messagers, qui balancent des missiles sans savoir et qui refusent de me parler. Prétextant en général avoir mieux à faire… alors pourquoi perds-tu ton temps à m’envoyer des insanités ? L’argument ne tient pas, juste la lâcheté et la bêtise l’expliquent. Inutile de dire que quand le dialogue ne peut pas exister, la seule solution est de bloquer purement et simplement ces personnes toxiques. Cela fonctionne très bien.

La banalisation et le niveau de violence des insultes

S’il y a une chose que je ne supporte plus, c’est bien cette vilaine manie d’user et d’abuser (excusez ce jeu de mot) du mot viol. Dans nombre de groupes d’amis (avec de vagues connaissances ou amis d’amis), dans nombre de commentaires ou messages, du vainqueur jusqu’au vaincu, l’expression de la victoire ou de la défaite tourne autour. En tout cas, dans les jeux JcJ, on en est là. C’est-à-dire qu’on n’était plus sur une partie de jeu vidéo ? Tu sais, ce truc un peu inutile au fond, qui ne sert qu’à se divertir, à s’évader, sans réel enjeu… Grave erreur de ma part. Ma placidité m’a trahi. Car me revient comme un boumerang la phrase « jouer sa vie ». C’est bien là le malheur. Et je ne blâme pas les joueurs au fond, ce serait intellectuellement malhonnête. Ce n’est qu’un énième reflet de la société où la défaite est devenue synonyme d’échec et pire, vécue systématiquement comme un échec. Mais attention, alerte spoiler, ce n’est pas vrai. Car comme tout jeu, ça parait évident mais je le rappelle, il y a un vainqueur, et un perdant. C’est même le principe, la base. Et accepter de participer à un jeu revient, tacitement, à accepter l’idée saugrenue que la ou les personnes en face sont meilleures, ou plus entrainées ou à la limite plus chanceuses. Et basta, cela s’arrête là.

Cela devrait. Mais non, j’ai rencontré (comme tout le monde, non ?) des joueurs qui vivent très mal la défaite ou au contraire comme un triomphe absolu de leur virilité la moindre victoire. Et de verser très souvent dans le lexique du viol. Effrayant, non ? J’ai toujours envie de lui demander, « mais bon sang, ça va à se point mal dans ta peau, mal dans ta vie pour mettre dans la balance ton estime de soi, ta confiance et ton ego dans tes performances dans un jeu vidéo ? » « Ça va mal à ce point pour gueuler au joueur d’en face que tu l’as violé ? » ou inversement, « qu’il t’a violé ». C’est devenu tellement courant, presque banal, au gré des parties que je passe (encore une fois) pour un illuminé quand je le fais remarquer. Mais je trouve cela toujours aussi violent et évidement, horriblement ridicule. La langue française dispose de tellement de possibilités pour exprimer sa frustration… Et pourquoi pas féliciter l’autre ?

Car à mesure que j’écris ces lignes, au cours d’une énième nuit blanche (il est 3h28 si vous voulez savoir), je me rappelle d’une anecdote sur le multi de Max Payne 3. Ah oui, ça remonte, mais cela m’a marqué. Au cours d’une partie, un joueur m’a tué une bonne demi-douzaine de fois à coups de fusil à pompe. C’était un bon joueur, assurément. Et je lui ai rendu la pareille, mais avec une AK47. A la fin de la partie (je ne sais plus qui a gagné/perdu, on s’en fout), il m’envoie un message avec 2, 3 insultes homophobes, et en soulignant également le fait que lui, avait bien sûr les couilles de jouer au pompe et pas de se cacher et d’utiliser un fusil d’assaut. Message classique, donc… Mais moi, je ne joue pas ma vie (bon, je ne suis pas un saint, c’est arrivé mais cela n’a jamais duré plus de quelques instants) et je prends le contre pied de ce qu’il attend (à savoir, soit pas de réponse, soit des insultes). Je choisis donc la vérité. Je le félicite car il a très bien joué au corps à corps, et  j’explique que, comme j’avais passé un prestige, je repartais de 0 avec les armes. D’où l’utilisation de la Kalash. Et bien croyez le ou non, la situation était désamorcée, il m’a répondu qu’il s’excusait des insultes et comprenait mieux pourquoi j’avais joué comme ça.

Alors, depuis, j’ai espoir que derrière chaque rageux (comme on dit désormais) se cache juste une frustration passagère et que l’humain ne demande qu’à reprendre le dessus et à s’exprimer avec le minimum de respect à l’encontre de son adversaire du moment. Oui, je suis un éternel optimiste. Jusqu’au prochain rot.

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