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Sherlock Holmes est bien traité dans le jeu vidéo. Frogwares nous offre régulièrement des aventures solides et de plus en plus ambitieuses techniquement. Entre temps, il y a eu la très réussie et surprenante parenthèse lovecraftienne The Sinking City qui mettait en scène un récit fantastique dans une ville immense et animée. Personnellement, j’ai rêvé d’une telle ouverture pour Sherlock. Visiblement, Frogwares aussi. Et c’est un pari réussi, c’est ce que je vais développer dans ce test de Sherlock Holmes : Chapter One.

Le retour du fils prodige 

Que les choses soient claires, ce n’est pas du tout un jeu en format épisodique. Voilà, comme ça on part sur des bases saines et on lève d’emblée un éventuel quiproquo. Cette nouvelle aventure s’apparente plutôt à une refonte de la licence et pourrait tout aussi bien être sous-titrée “early years”. En effet, nous incarnons un Sherlock Holmes retournant sur Cordona, île méditerranéenne fictive où il passa une partie de sa jeunesse. Le temps de l’insouciance. Jusqu’au décès de sa mère. C’est donc dix ans après que le voilà de retour, plus désinvolte et insolent que jamais pour lui rendre hommage et pour faire enrager son frère Mycroft par la même occasion. Mais la demeure familiale, abandonnée depuis, sera le théâtre de révélations successives sur les circonstances de la mort de Mme Holmes. Voilà le fil rouge de cet épisode : lever le voile sur ce drame qui semble avoir lourdement perturbé Sherlock. 

Pour cela, notre héros devra composer avec l’ensemble de la société de cette Cordona pour le moins cosmopolite. Cordona, c’est d’abord une île mais c’est aussi et surtout une ville-monde. Les cultures s’entrechoquent et forment un monde cohérent. En tout cas assez crédible pour que ça me transporte pendant les 30 heures de jeux qui sont passées à grande vitesse. Abordant sans y avoir l’air d’y toucher des thèmes extrêmement durs et graves, nous voilà à naviguer à vue dans un monde où les classes sont imperméables. Ainsi, l’élite britannique coloniale, engoncée dans un paraître perpétuel, administrera d’une main de fer une société faite d’une diaspora italienne, d’Ottomans et d’esclaves relégués aux ghettos les plus sordides. Sans oublier les criminels de tous poils prêts à tout pour le pouvoir, l‘argent etc. Mais ça, ça tombe bien car la police locale est complètement dépassée et l’expertise de Sherlock tombe à point nommé… 

Élémentaire mon Sherlock Holmes 

Cordona sera une immense scène pour que le jeune Sherlock fasse la lumière sur certains éléments de son passé et exerce ses talents. Pour vous dire, la première fois que j’ai ouvert la carte, j’ai été stupéfié de son ampleur. Je m’en léchais déjà les babines : un jeu d’investigation avec le meilleur détective qui soit dans un monde ouvert immense. Surtout que les six enquêtes de l’histoire principale sont d’une complexité réjouissante, jusqu’à vous occuper facilement deux à trois heures chacune. Ne comptez pas sur un radar avec un chemin tout tracé. Non plus sur un marquage automatique de la prochaine étape. Ici, il faudra compter sur votre logique et votre sens de déduction. Quel régal de devoir aller s’informer au journal local pour découvrir une adresse ou alors se rancarder auprès de la population… encore faut-il avoir la bonne allure ! Un ouvrier kurde ne sera pas forcément ouvert à la discussion si un fringant dandy lui pose des questions. L’art du déguisement de Holmes sera mis à contribution pour interroger, s’infiltrer et résoudre de nombreux mystères. Car outre l’histoire principale/familiale qui occupe bien presque vingt heures de jeu, d’autres affaires de police plus “classiques” seront de la partie. Plus « classiques » mais pas moins captivantes. Certaines vont demanderont pas mal d’allers-retours aux archives de la mairie ou de la police pour découvrir le pot-aux-roses. Heureusement, un système de transport rapide et efficace est là pour éviter toute lassitude. 

Quelle époque fascinante tout de même pour le travail de détective du talent de Sherlock. Tout est à faire ou presque. La police scientifique ainsi que la médecine légale en sont à leurs balbutiements. Et là intervient tout ce que nous, joueurs et joueuses, avons appris avec toutes les œuvres ingurgitées depuis toutes ces années. Films, séries, romans, tout cela nous a préparés pour les phases de récoltes d’indices, d’analyses chimiques, de reconstitutions et d’interrogatoires. Comme dans les précédents épisodes de ces dernières années, plusieurs conclusions sont possibles. L’erreur aussi. À vous de faire le bon choix. Heureusement un système de sauvegarde manuelle évite toute frustration.  

Tout n’est pas rose à Cordona

Graphiquement, le rendu est tout à fait honorable et satisfaisant pour passer un très bon moment à se creuser les méninges. Si la ville s’étend à perte de vue, j’avoue que certains quartiers sont délaissés. Très bonne idée de faire une ville immense et complexe. Moins bonne de n’en explorer au final qu’une partie. Dommage car j’ai adoré toutes les enquêtes proposées. Dans la plus pure tradition, elles démontent les croyances et autres fantasmes pour faire éclater la vérité nue. Par exemple, d’un vol de tableau impossible à commettre à première vue va se dérouler tout un fil pour découvrir la ville derrière le faste, faite de gens écrasés mais ingénieux, minables ou ne cherchant que la survie. Le tout avec des dialogues en VOST de haute volée, ainsi que des répliques bien senties de part et d’autre. Qu’il est amusant de voir l’impertinent Sherlock se faire remettre à sa place par un personnage que l’on aura soi-même pris de haut. 

Par ailleurs, les combats sont très en deçà de la qualité des investigations. S’ils permettent d’en conclure certaines en fonction de vos choix et découvertes, ils se révèlent sans grand intérêt ludique et surtout prévisibles. En effet, ils se déroulent systématiquement en arène. On les voit donc arriver à des kilomètres. Et comme Sherlock n’est pas un tueur, il mettra un point d’honneur à  assommer les assaillants en tirant sur leurs points faibles, à les assommer et ainsi les neutraliser. Chaque affrontement ressemble au précédent. C’est d’un ennui, comparé à la maestria constatée pendant les phases d’enquête ! 

De Sherlock à Mr Holmes 

Ce Chapter One est une occasion réussie de raconter comment le désinvolte Sherlock est devenu l’irrésistible et incontournable Mr Holmes. Il faudra près de 30 heures pour assister à la fin du jeu. Celle-ci est à la fois terrible et réjouissante car elle n’augure pratiquement que du bon pour la suite de la licence. Je dis “pratiquement” car les combats ne sont clairement pas satisfaisants et sont même à la limite un poids tant les enquêtes sont réussies. Ces dernières sont riches, variées, tentaculaires et feront appel à vos sens de déduction, de logique et d’observation comme jamais. Un régal. Je piaffe déjà d’impatience à l’idée de découvrir un chapitre deux des nouvelles aventures de Mr Holmes.


Critères d’accessibilité

  Déficience Visuelle  Déficience Auditive
✘ Contraste élevé (réticule de visée)✘ Sous-titres avec indications d’ambiance
✘ Taille couleur de police✔ Identification de la personne qui parle
✘ Marquage des ennemis✘ Police personnalisable
✘ Interface personnalisable✘ Couleur de police personnalisable
✘ Couleur minicarte personnalisable✘ Options d’alerte alternatives (vibration, flash…)
✘ Option daltonisme✘ Sons ambiants signalés (informe sur présence)
✘ Option Text to speech
✘ Ralentissement du jeu

Conditions de test

 Détails TV4K  Jeu fourni par l’éditeuroui
  ConsoleXbox Series X  Temps passé sur le jeu30 heures
  Niveau de difficulténormal  Jeu terminéoui
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