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La culture du crunch et le harcèlement au sein de TT Games, développeurs de Lego Star Wars : La Saga Skywalker

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Alors que le nouveau jeu Lego The Skywalker Saga vient d’avoir sa date de sortie (le 5 avril) officialisée, le site Polygon a révélé de nombreux dysfonctionnements chez TT Games. Entre culture du crunch, harcèlement et choix douteux allant à l’encontre du bon déroulé du développement, la situation n’est clairement pas rose pour les employés du studio…

Une culture qui a plus de 15 ans, malgré des changements de direction

Au cours des quinze dernières années, les employés de TT Games n’ont pas eu la vie facile. En effet, certains membres de l’équipe ont révélé à Polygon que la culture du crunch était extrêmement présente. Le co-fondateur, Jon Burton, aurait par exemple à de nombreuses reprises hurlé sur des employés pour les faire retourner à leur bureau lorsque ceux-ci souhaitaient quitter à l’heure. De plus, les contraintes apportées par la nécessité de sortir les jeux en même temps que certains événements liés apportaient encore plus de problèmes : le crunch.

Celui-ci était institutionnalisé par le studio, au lieu de n’être qu’une solution de dernier recours.

C’était un outil parmi d’autres pour la production, les projets étaient planifiés avec des périodes de crunch dans l’emploi du temps, ou encore pire, le crunch était l’emploi du temps.

Cela nécessitait de longues heures supplémentaires de la part des employés, mis sous pression par leurs managers. Via un système séparant le temps supplémentaire en flextime ou overtime, l’entreprise s’assurait que les heures soient prolongées. Le premier était limité à une quarantaine d’heures pour le dédommagement : les heures de travail passé ce cap n’étaient pas réénumérées, ni en argent, ni en congés supplémentaires… Si les employés refusaient, des pressions se faisaient ressentir :

  • Des managers leur disant qu’ils laissent tomber le reste de l’équipe
  • La nécessité de gagner plus d’argent en faisant de l‘overtime.

Ainsi, une demi-douzaine d’employés interrogés par Polygon ont révélé qu’il n’était pas rare de travailler entre 80 et 100 heures par semaine sur six jours en période de crunch. Cela ne s’est pas limité à TT Games, mais aussi au studio TT Fusion, développeurs de Lego Jurassic World, Lego City Undercover ou encore Lego Les Indestructibles.

Du harcèlement et du sexisme

Comme si cela ne suffisait pas, les équipes de testeurs de TT Fusion étaient traitées de manière inégale avec le reste du studio. Ceux-ci étaient considérés comme inférieurs à l’équipe de développement et maintenus à l’écart du reste des équipes. Suite à un leak d’une image d’un jeu en développement, les testeurs n’étaient même plus autorisés à entrer dans les autres étages du bâtiment sans supervision, ce qui a eu plusieurs conséquences :

  • Les membres des équipes de test ne pouvaient plus se rendre au service des ressources humaines discrètement
  • Les développeurs ne pouvaient pas échanger simplement avec les testeurs dans le processus de recette

L’ambiance au sein du studio était plus que pesante comme raconte un des anciens employés :

Les gens étaient à bout, épuisés, malades physiquement et mentalement à cause de la pression. TT disait toujours « Nous allons changer », mais nous savions tous que cela n’arriverait pas. C’était toujours un « Encore un dernier jeu et on fera les choses autrement. »

Le directeur du studio à l’époque, Tom Stone, a répondu à cela à Polygon :

J’ai remarqué vers la fin de 2017/début 2018 que certaines choses n’allaient pas. Je peux vous dire maintenant que je n’ai jamais eu de signalement de ce genre de comportement. Personne n’ait venu me voir en me disant « je me fais persécuter ou j’ai été victime de discrimination, ou on s’est acharné sur moi. »

Ces problèmes ne sont pas les seuls. Comme dans d’autres studios, le sexisme faisait rage. Certaines membres du staff se sont retrouvées persécutées, tandis que des commentaires sur leur apparence étaient réalisés par leurs collègues. Certaines ont même été privés de promotion, voire de contrat. Cela se retrouve également dans les différences de salaires entre hommes et femmes au désavantage de ces dernières, et une plus faible occupation de postes à responsabilités. Un rapport datant de 2020 est sans appel : les femmes employées par TT Games représentent seulement 2.4% des employés les plus payés du studio.

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Des problèmes cristallisés par le développement de The Skywalker Saga

Dès le début du développement de The Skywalker Saga, les problèmes ont débuté. Pour économiser le moindre euro possible, la direction du studio a décidé de pousser l’utilisation d’une nouvelle version du moteur NTT, alors que de nombreux employés poussaient à l’utilisation du Unreal Engine. Ce moteur n’était pas stable et a provoqué de nombreux problèmes dans le processus du développement, alors qu’une petite équipe avait présenté une démonstration du projet sous Unreal Engine, séduisant en interne.

De nombreuses fonctionnalités essentielles manquaient à l’appel sur NTT, tandis que des problèmes de stabilité faisaient perdre un temps précieux aux équipes. Des actions simples prenant deux minutes sur l’ancien moteur pouvaient en prendre dix, tandis qu’un bug de sauvegarde causait la perte pure et simple du travail accompli. La pré-production ayant été réalisée sur les bases du précédent NTT, cela a causé également de nombreux problèmes d’implémentation, poussant à bout de nombreux employés.

Pour ajouter à la pression permanente, le management du studio a décidé d’accélérer le pas sur le plus gros projet de TT Games. Le but était désormais de viser une note de 85 sur Metacritic, établissant un nouveau record pour le studio. Cela leur a servi de justification pour demander aux employés de réaliser de nombreuses heures supplémentaires durant des années. Des modifications régulières du design du jeu ont eu lieu, ce qui forçait les développeurs à faire et à défaire des mois de travail, tandis que des problèmes remontés par les joueurs des précédents opus n’étaient pas adressés.

Malgré le crunch sur The Skywalker Saga, des sources de Polygon indiquent que le studio travaille sur plusieurs projets simultanément, avec une rotation importante des équipes, ajoutant à la pression de ceux sur le prochain jeu Star Wars. Un ancien membre a ainsi déclaré :

Beaucoup de personnes ont été retirées du jeu [au début d’année 2020] pour se concentrer sur un autre projet. Cela n’avait aucun sens pour moi sur le moment. Par exemple, il n’y avait plus que six artistes sur Star Wars pour la fin du développement, alors qu’il restait des milliers de bugs à corriger, et des retours à analyser. Cela n’avait aucun sens de retirer la moindre personne de Star Wars, ne parlons même pas de la majorité.

Un nouvel espoir pour l’avenir

En 2018, l’ancien directeur, Tom Stone, a réalisé une série d’entretiens durant lesquels les employés pouvaient donner leur ressenti sur l’entreprise. Et les retours ont été particulièrement mauvais. La liste était essentiellement très négative avec quelques bons points. Selon Tom Stone :

Les gens disaient que c’était dur de travailler ici, nous travaillons de longues heures et les gens ne communiquent pas avec nous. Mais pour équilibrer cela, nous avions beaucoup de personnes, les mêmes parfois, qui nous disaient ‘J’adore être ici et travailler sur des jeux Lego’

Ces rendez-vous ont permis aux employés d’obtenir de nouveaux contrats avec plus de jours de congés et un plus grand pourcentage sur un bonus de fin d’année. Mais plus de dix employés, anciens ou actuels ont déclaré à Polygon que presque rien d’autre n’avait changé dans la compagnie. Les problèmes avec NTT et la relation entre manager et employés reste brisée.

Bonne nouvelle, les choses semblent évoluer positivement ces derniers temps chez TT Games. En mars 2020, Michael Denny, ancien vice-président de Sony Worldwide Studios, a pris la tête du studio et sa vice-présidence. Cependant, tout n’est pas au beau fixe puisque le nouveau dirigeant du studio a pris la décision, controversée en interne, d’embaucher ses anciens collègues. Eric Matthews et Mark Green ont ainsi rejoint TT Games en tant que Directeur de développement de jeu, et responsable de jeu respectivement en 2021. Le tout sans que ses positions ne soient proposées à des éléments internes à la société.

Selon Polygon, plus de 40 employés ont quitté le studio en 2021 soit 10% du staff estimé, et une quinzaine d’entre eux ont exprimé leur déception concernant la vision de la direction de TT Games et la décision de se focaliser sur les jeux Lego. Néanmoins, tout n’est pas négatif. Selon des sources de Polygon, l’entreprise aurait décidé de ne plus utiliser le moteur de jeu NTT à l’avenir, se tournant vers l’Unreal Engine. La direction aurait également commencé à surveiller les heures supplémentaires faites par les employés et à les limiter.

Concernant le développement de The Skywalker Saga, les développeurs, anciens et actuels, sont confiants dans le fait que le jeu satisfera les joueurs. Mais se demandent pourquoi il aura fallu passer par toutes ces épreuves pour en arriver à là. Et on ne peut que se poser la même question…

Le studio réagit

Après la publication de cette étude, le studio a établi un communiqué pour adresser ces informations :

Il y a eu beaucoup d’efforts ces dernières années, avec une nouvelle direction et le support de Warner Bros. Games, afin d’établir une culture d’entreprise sur la collaboration et un équilibre travail-vie privée dont nos employés peuvent être fiers.

Nous reconnaissons que nos succès passés et futurs dépendent de la continuité de ces changements positifs déjà réalisés, nous assurant que chaque employé se sent soutenu, apprécié et ait un vrai sens d’appartenance.

 

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