Test – Biomutant, un code ADN complet mais perfectible et répétitif.

En 2017 sortait de terre le projet ambitieux d’un action-RPG dans un monde ouvert post-apocalyptique teinté d’une inspiration “Kung-Fu Panda” assez marquée. Il aura fallu attendre quatre années pour pouvoir toucher enfin, manette en main, au bébé de la petite équipe suédoise,101 Experiment. Je ne vous cacherai pas que le titre a très longtemps attisé ma curiosité mais a aussi réveillé plusieurs craintes après une longue période de silence. C’est ainsi avec une certaine fébrilité que je vais prendre un moment pour vous conter le mieux possible la fable Biomutant et vous donner mon avis après ma cinquantaine d’heures en sa compagnie.

Il était une fois…

…un monde au bord de la destruction. Cet écosystème fut la proie d’une catastrophe écologique sans précédent qui transforma profondément la faune et la flore. Vous êtes l’un des nombreux fruits de cette mutation à grande échelle : un autochtone animal qui serait tout droit sorti de la suite d’un célèbre long-métrage de la Dreamworks. Obligé de prendre la fuite dans un bunker après une rencontre hostile, vous devrez faire face à votre passé lors d’une rencontre providentielle .

Et c’est ainsi que votre aventure commence lorsque l’on vous informe que le monde a besoin de vous. Ce dernier est en effet assailli par quatre créatures géantes, les Mangemondes, qui s’attaquent aux racines de l’Arbre de Vie, dernière entité primordiale à la survie de votre planète. Vous apprendrez également que les peuples qui par le passé vivaient unis, se sont déchirés et se font dorénavant la guerre. Vous serez face à l’immense dilemme du choix de vos alliances ainsi que de vos actions futures pour sauver ou non l’Arbre de Vie.

Car oui, vous pourrez choisir de la destinée de ce macrocosme. Le sauvegarder ou… foutre un peu plus le boxon et réprimer les plus faibles. Et bien oui, on n’est pas non plus dans un Disney ici ! La première chose à savoir sur le déroulement de la trame et sur les futures rencontres que vous ferez, est que l’ensemble est raconté à travers la voix d’un narrateur. Il sera votre interprète, votre conteur d’histoire et votre compagnon pendant toute l’aventure. L’idée semble plutôt bonne, au départ, de par son côté assumé de conte moderne et un peu loufoque. Cependant, force est de constater qu’à la longue on se détache assez vite de ce que peuvent nous raconter les personnages. Effectivement, leurs discours pourtant très philosophiques et écologiques manquent cruellement d’émotions et de mise en scène. Il faudra, de plus, ajouter à cela une couche de vocabulaire très phonético-burlesque qui parfois peut prêter à sourire mais, qui a aussi tendance à laisser de marbre. On pourrait presque entendre du québécois venant d’un univers parallèle ! (Avant que l’on me jette des tomates, j’ai de la famille au Québec !) D’ailleurs le narrateur français n’est autre que Manuel Tadros (Rodrigo Borgia dans Assassin’s Creed II ou Sirius Black dans Harry Potter), un doubleur…québécois ! Ah! Ah ! Donc si les “Porkipouf”, “Lapipouf”, “Gigapouf”, “Tortipouf” vous font marrer, vous êtes fin prêt(e) pour des dialogues à base d’onomatopées de feu de dieu !

“Et ça fait bim-bam-boum, ça fait -pschhht!- et ça fait vroum” Non non ne me remerciez pas. C’est parfaitement dans le sujet !

Ce n’est pas la destination qui compte mais le chemin parcouru…

…Et vous allez en parcourir ! En effet, la grande force de Biomutant c’est de vous laisser libre de la direction que vous voulez prendre dans votre aventure. Mais à l’instar d’un metroid-vania, il y aura aussi plusieurs portions, portes, ou souterrains qui vous seront interdits sans avoir découvert la bonne clé, le bon outil ou le bon équipement. En conséquence, le titre vous invite à explorer encore et toujours plus et ne vous indiquera d’ailleurs pas les quêtes disponibles des alentours. Cela sera à vous de vous y rendre, de les découvrir et de les accepter…ou non. Et, ce qui était grisant au début se transformera relativement vite dans un déferlement de quêtes annexes à ne plus savoir qu’en faire ! D’ailleurs, il ne faudra pas hésiter à faire le tri car certaines s’avèreront plus essentielles que d’autres à accomplir. Si la majorité d’entre-elles se résume à faire le chauffeur livreur, il y aura aussi pas mal de quêtes à base de petites énigmes de logique qui seront toutes excessivement faciles ! Un sentiment de redondance et de répétitivité pourrait donc bien  venir vous frapper en plein visage assez tôt dans l’aventure ! Gare à l’overdose !

L’exploration sera régulièrement ponctuée par des affrontements contre de nombreuses créatures ou bandits. Très dynamiques mais vite confus dans certains environnements et en présence de beaucoup d’ennemis, ces combats vous donneront la possibilité d’utiliser plusieurs palettes de coups spéciaux et des compétences variées. Vous pourrez utiliser plusieurs types d’armes au corps à corps et d’armes à distance, ainsi que des pouvoirs psi ou biogènes. L’ensemble est plutôt diversifié et pourra vous donner des capacités telles que la lévitation, les étincelles de Ki ou la bulle baveuse qui nécessiteront d’être échangés contre des points de compétences, de psi ou biogènes. D’ailleurs, l’utilisation de ces pouvoirs va beaucoup dépendre de votre style de jeu et de l’orientation que vous allez donner à votre personnage. Malheureusement, vous vous rendrez compte que la panoplie de coups des créatures tourne rapidement en rond et que vous n’aurez pas à vous torturer l’esprit très intensément sur la tactique à employer. Le challenge se montrera, du coup, précocement limité même en difficile et vous finirez par utiliser toujours les mêmes compétences ou armes contre 90% des antagonistes rencontrés. Un vent de fraîcheur et de dépaysement pourrait souffler lors des affrontements contre les boss mais ils seront vraiment de courte durée et tout aussi aisé de manière générale.

Mais revenons un peu en arrière pour parler un peu de la phase de customisation de votre petite boule de poils et des spécialisations vers lesquelles vous pourrez vous orienter. Vous devrez en premier lieu choisir parmi six races aux atouts et faiblesses différents dans des attributs tel que la force, l’agilité ou l’intelligence. Puis, vous déterminerez la classe de votre héros parmi les cinq disponibles (La classe supplémentaire Mercenaire sera disponible aux joueurs qui auront précommandé le jeu) parmi le Franc-Tireur, spécialiste des armes à distance ou le Psionik, le mage de la bande. Chacune d’elle se différencie des autres par la présence de cinq traits spécifiques que vous pourrez obtenir grâce aux points de compétence glanés lors du passage à un niveau supérieur. Ainsi, le Franc-Tireur pourra, par exemple, débloquer une compétence augmentant les chances de critiques des tirs de fusil et le Psionik pourra obtenir une meilleure régénération de sa Ki-Energie, équivalent à votre endurance physique et magique combinée.

Un programme RPG en mode éco

Mais à vouloir trop en faire, les faiblesses de Biomutant apparaissent trop flagrantes au fur et à mesure que vous vous enfoncerez plus profondément dans l’aspect RPG. Pourtant, les possibilités offertes sur le papier étaient presque toutes là pour plaire aux férus du genre sans pour autant complexifier inutilement la proposition. Parlons d’abord des caractéristiques qui sont fortement déséquilibrées entre elles. Peu de chances que vous vous intéressiez à votre Charisme ou votre Agilité tellement le gain en jeu en est inexistant. Que dire également des résistances génétiques, comme le froid, la chaleur ou la radioactivité, qui augmentées à 100% vous permettront de vous balader en tout quiétude sur des zones contaminées ou à risque mais qui ne vous immunisera pas des attaques des ennemis du même élément. Et je ne vous parle pas du bug qui réinitialisera toutes vos résistances élémentaires sans vous rendre les points dépensés…

Arrêtons-nous alors sur la fabrication des armes et sur le création de manière générale. L’ensemble est indéniablement addictif pour qui s’intéresse à cet aspect. Par contre, si vous voulez toucher du doigt la création de haut niveau, vous allez devoir passer par une exploration intensive des régions traversées ad nauseam. Littéralement, vous allez devoir fouiller le moindre mètre carré des innombrables maisons, immeubles, stations service, égouts, usines au level design, à l’agencement et à la décoration pratiquement toutes identiques. Vous récolterez une ribambelle d’armes et de mods qui finiront dans la grande majorité en rebut pour alimenter votre inventaire de ressource pour la fabrication ou l’amélioration de votre équipement. Ce dernier pourrait d’ailleurs comporter une arme prenant la forme d’une brosse à WC customisée avec une poignée en forme de banane, d’une chaîne rouillée de tronçonneuse et infligeant des dégâts supplémentaires contaminés. Un aspect post-apocalyptique complètement extravagant qui s’assume pleinement. Mais dans cette profusion de trésors, même amusant dans son approche, le système arrive assez vite à ses limites dans sa variété et ses possibilités de créations “utiles”.

Terminons avec une note positive en parlant de la durée de vie et de la rejouabilité de Biomutant. En effet, cette dernière est de très bonne facture avec la possibilité d’agir différemment dans l’aventure en continuant son personnage dans un “New Game +”. Il sera tout à fait possible, également, de retenter l’aventure avec les différentes classes mises à votre disposition. Si de plus vous êtes un fouineur maladif, le jeu pourrait vous tenir en haleine plusieurs dizaines d’heures à rechercher l’arme ou le mod ultime pour votre héros poilus au prix d’une répétitivité pas très charismatique au demeurant.

CONCLUSION

Je vais être sincère. J’ai dû prendre un peu de temps et un peu de recul avant de faire cette conclusion. Biomutant est un jeu que j’aurais voulu aimer et qui avait les atouts pour l’être. Soit un monde nouveau vaste et ouvert, une liberté d’exploration et de choix sur le déroulement de l’aventure, un aspect RPG qui paraissait complet et diversifié ainsi que des combats pêchus. Mais il devient assez vite évident que l’ambition a ses limites et que le titre n’a finalement réussi qu’à effleurer l’ensemble de ses désirs. A l’image même de sa plastique technique, dont j’ai délibérément pris la décision de ne pas en parler dans ce test, Biomutant se veut envoutant de loin mais perd malheureusement tout son charme dès qu’on y regarde de beaucoup plus près. Finalement, Biomutant reste un jeu d’aventure plaisant mais bien trop répétitif dans sa construction globale pour en faire un grand action-RPG.

Critères d’accessibilité

Déficience VisuelleDéficience Auditive
Contraste élevé (réticule de visée)Sous-titres avec indications d’ambiance
Taille couleur de police Identification de la personne qui parle
Marquage des ennemis Police personnalisable
Interface personnalisable Couleur de police personnalisable
Couleur minicarte personnalisable Options d’alerte alternatives (vibration, flash…)
Option daltonismeSons ambiants signalés (informe sur présence)
Option Text to speech
Ralentissement du jeu

 

Conditions de test

Détails TV4KJeu fourni par l’éditeuroui
ConsoleXbox Series X/Xbox One XTemps passé sur le jeu56 heures
Niveau de difficultéNormal/DifficileJeu terminéoui

+ Les plus

  • Un monde vaste à disposition...
  • De jolis panoramas...
  • Une invitation à l'exploration de tout instant.
  • Un gameplay nerveux et accessible...
  • Une narration décalée au service d'un discours écologiste...
  • La durée de vie et sa rejouabilité à travers ses choix scénaristiques et son "New Game +".
  • Un arsenal d'armes et de mouvements nombreux.

- Les moins

  • ... Mais des environnements qui se répètent !
  • ... Mais pas aussi beau qu'attendu avec un clipping très présent.
  • Répétitif et facile dans son déroulement et dans ses combats.
  • ...Mais souvent brouillons dès qu'il y a un peu trop d'adversaires.
  • ... Mais qui finit par ennuyer rapidement.
  • Peu de quêtes annexes intéressantes dans leur déroulement.
  • Un aspect RPG et de craft qui montrent vite ses limites.
  • Quelques bugs persistent par endroit.

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