Test – Disco Elysium, le film noir dont vous êtes le héros.

Depuis sa sortie initiale en 2019, Disco Elysium a énormément fait parler de lui dans la sphère du jeu vidéo indépendant. Chef-d’œuvre, expérience inouïe, les éloges ne manquent pas. Les récompenses non plus : BAFTA, Game Awards, et j’en passe. Après pratiquement deux ans, jour pour jour, le titre débarque enfin sur Xbox en version “Final Cut”. Tous les retours qu’il y a eu entre temps m’ont énormément donné envie de plonger dans cette ambiance si particulière, aux allures de film noir sous acide.

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Quand le jeu vidéo devient de l’art…

On compare souvent le jeu vidéo à un art à part entière. Mais rarement la ressemblance n’avait été si forte entre les deux domaines. Ici, on est plus sur de l’art littéraire que contemplatif, même si les visuels ne sont pas en reste. En effet, la patte graphique est complètement folle. On a l’impression de faire face à une peinture en mouvement. C’est d’autant plus flagrant en arrivant dans le menu principal du titre. Le paysage affiché dont les coups de pinceau bien visibles se déplacent perpétuellement, ou la ville qui s’étend sous vos yeux, tout y est hypnotisant. Cette direction artistique envoutante manque parfois de précision, mais ce sera au joueur de se faire sa propre vision détaillée de ce qui l’entoure. Un peu comme dans un roman, au final.

Disco Elysium s’ouvre d’ailleurs sur un dialogue complètement perché entre le héros et son “cerveau reptilien primitif”. C’est certain, il faut réussir à lâcher son esprit rationnel pour sombrer dans le contemplatif. Et il faut aussi savoir apprécier le registre soutenu des dialogues, comme on pourrait en trouver en poésie. On retrouve cette signature, cette narration si particulière tout au long de l’aventure. Ce qui pourrait en rebuter certains, je le conçois.

Puis, notre héros se réveille dans une chambre d’hôtel dévastée. Ses fringues éparpillées. Il n’a aucun souvenir antérieur, ne sait plus comment il s’appelle, ni ce qu’il fait ici. Il va rapidement réaliser qu’il est un policier qui enquête sur un meurtre perpétré à Révachol, lieu où se déroulera l’action. Inutile d’en dire plus, le grand plaisir vient dans la découverte. Même si le coup de l’amnésie est une mécanique usée jusqu’à la moelle, elle est complètement assumée et justifiée pour des raisons de gameplay. Les thèmes abordés ne sont pas à prendre à la légère. Racisme, immigration, pauvreté, politique ou encore religion, tout y passe. Et la brillante écriture traite ces sujets de façon mature et soignée, par exemple, lors d’un conflit social paralysant le port de la ville.

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Les voix intérieures

En démarrant une nouvelle partie, vous pourrez choisir un archétype. Mais on vous laissera la possibilité de créer votre propre avatar, en répartissant des points sur quatre traits de caractère principaux. Intellect, psyché, vigueur et motricité. Chacun d’eux comporte six sous-thèmes s’axant sur un élément en particulier. Par exemple, dans la catégorie psyché, vous trouverez l’Autorité. Plus sa valeur est élevée, plus vous imposez le respect. La Suggestion, quant à elle, vous permettra de manipuler les personnes qui vous entourent. Comme dans tout jeu de rôle, gagner des niveaux vous octroiera un point supplémentaire à investir dans l’un des 24 talents au total.

Mais là où Disco Elysium parvient à se démarquer, c’est que ces compétences font réellement partie de votre personnage. Voyez limite cela comme les 24 personnalités d’un individu souffrant de trouble dissociatif d’identité. En cours de partie, il ne sera pas rare de voir des interventions narratives de votre Cour Intérieure ou de votre Logique. Il faudra donc analyser lesquelles vous seront le plus utile dans votre enquête, en fonction de votre façon de jouer. Car oui, les possibilités sont immenses et variées. On se sent vraiment comme dans un jeu de rôle papier avec sa fiche de personnage.

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HDG… Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

La ressemblance avec le jeu de rôle ne s’arrête pas là. De nombreuses actions nécessiteront un lancer de dés pour déterminer leur réussite. Bien entendu, les caractéristiques de votre héros se chargeront d’en modifier les probabilités. Si la frustration qu’un échec soit dû au hasard, il n’en reste pas moins hilarant de voir certaines situations que cela peut engendrer !

Contrairement à la quasi-totalité des autres productions vidéoludiques, les textes s’affichent ici dans une colonne à droite de l’écran. Ils s’y inscrivent et ne disparaissent pas, laissant au joueur le loisir de remonter dans l’historique des dialogues. Pratique. D’autres paramètres d’accessibilité sont présents : une traduction française des textes et la possibilité de modifier la taille de la police d’écriture. Les voix, par contre, restent en anglais. Ceux qui sont à la recherche d’un défi pourront activer le mode Hardcore, qui, comme son nom l’indique, ne vous facilitera pas la tâche.

Pour ce qui est de l’aventure, comptez entre quarante et cinquante heures pour en voir le bout (à relativiser en fonction de votre vitesse de lecture). Sachez aussi que ne pas réussir à boucler votre enquête est une possibilité. Tout dépendra de vos choix, et de votre chance dans les dés. En dehors d’une nouvelle tentative en cas d’échec, il y aura toujours de l’intérêt à se replonger dans l’histoire de Disco Elysium. Que ce soit pour retrouver dans cette folle ambiance, ou pour comparer les différences entre deux runs selon le profil de votre personnage. Car si votre héros mise tout sur la force, il ne rencontrera pas forcément les mêmes obstacles qu’un autre ayant dépensé tous ses points de compétences dans l’intellect, par exemple.

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ABBA le disco !

Disco Elysium se veut être contemplatif, certes, mais j’ai trouvé la musique un peu trop discrète à mon goût. Outre quelques sons de trompettes qu’on entend sur la place centrale et qu’on associera facilement au titre, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ou plutôt l’oreille. Contrairement aux voix des protagonistes, graves et rauques pour la plupart, qui sont omniprésentes. La narration prend tout son temps. Le rythme du jeu me fait parfois penser à la série True Detective, qui misait avant tout sur son ambiance et ses personnages.

Mais ne vous méprenez pas. Lenteur ne veut pas dire que vous pourrez prendre le temps de tout fouiller. Les minutes s’écoulent au rythme des dialogues, et vous aurez des délais à respecter. Vous n’aurez donc pas le choix, et risquez d’être frustré si, comme moi, vous aimez tester tous les choix de réponses lors d’une conversation, par exemple.

Il sera parfois assez délicat de se déplacer dans les différents tableaux. Certains chemins sont un peu trop dissimulés. Et en ce qui concerne la maniabilité, il m’a fallu un moment avant d’en comprendre les mécaniques. Pour interagir, il ne faut pas se placer à côté de l’objet en question et appuyer sur une touche, comme habituellement. Il faut auparavant le sélectionner avec le stick droit. C’est un système que je trouve assez peu ergonomique, mais qui a ses avantages quand plusieurs interactions sont possibles dans un espace restreint.

Enfin, Disco Elysium est un titre assez contradictoire. Il est d’un côté accessible grâce à sa traduction française d’excellente qualité. Mais d’un autre, il l’est beaucoup moins, que ce soit par le registre de langue utilisé dans la quantité astronomique de dialogues, ou par le contexte géopolitique qui habille l’enquête. C’est un jeu très, voire trop bavard, dans lequel il peut être difficile de s’y plonger.

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Conclusion

Disco Elysium est littéralement un Livre Dont Vous Êtes le Héros à l’écriture flamboyante et illustré de la plus belle des manières. Remplacez cependant l’univers médiéval ou fantasy pour quelque chose de plus réaliste et plus 50’s. Puis ajoutez un nombre affolant de possibilités et un effort fait sur l’accessibilité (traduction et taille des textes). Malheureusement, tout comme l’art en général, l’affect du joueur va énormément rentrer en compte. Sa forme ou son contenu pourront malheureusement en laisser sur le carreau, tout comme la frustration de ne pas pouvoir tout faire. Mais par contre, si le genre du C-RPG (c’est-à-dire un jeu de rôle sur table, version numérique) ou l’ambiance vous attire et que la lecture ne vous fait pas peur, n’hésitez pas à vous y lancer, vous aurez peu de chances d’être déçus.


Critères d’accessibilité

Déficience VisuelleDéficience Auditive
Contraste élevé (réticule de visée)Sous-titres avec indications d’ambiance
Taille couleur de police Identification de la personne qui parle
Marquage des ennemis Police personnalisable
Interface personnalisable Couleur de police personnalisable
Couleur minicarte personnalisable Options d’alerte alternatives (vibration, flash…)
Option daltonismeSons ambiants signalés (informe sur présence)
Option Text to speech
Ralentissement du jeu

 

Conditions de test

Détails TV4KJeu fourni par l’éditeurOui
ConsoleXbox Series XTemps passé sur le jeu15 heures
Niveau de difficultéNormalJeu terminéNon

 

+ Les plus

  • Esthétique ultra-soignée
  • Le côté jeu de rôle ultra-poussé
  • Certaines situations hilarantes
  • Des possibilités très nombreuses
  • Une écriture incroyable
  • Textes traduits en français
  • Des thèmes forts
  • VOSTFR de qualité

- Les moins

  • Très, voire trop bavard
  • La frustration de ne pas pouvoir tester toutes les possibilités qu’offrent le jeu
  • Certains déplacements dans la ville
  • Des débuts confus pour le joueur

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