Test -11-11 Memories Retold

Difficile de parler d’un jeu traitant de la première guerre mondiale sans citer les titres qui l’ont précédé. Ces derniers privilégient la forme sur le fond, en confrontant le gentil allié combattant contre les méchants Allemands, avec un arsenal disproportionné à disposition, tel un Battlefield 1. Normal me direz-vous, les jeux d’actions vont droit à l’essentiel, se focalisant sur l’action brute, plus propice à un média ludique tel que le jeu vidéo.

Les développeurs de 11-11 Memories Retold ont décidé de prendre un tout autre chemin : décrire les horreurs de la guerre, sans avoir à tirer un seul coup de feu. Et pourtant ça fonctionne, magnifiquement.

Il faut sauver le soldat Ryan

L’histoire se déroule en 1916 et se focalise sur deux hommes. Harry est un photographe canadien, un brin naïf, amoureux de Julia, une collègue de travail. Dans le but de l’impressionner, il s’engage dans l’armée pour aller combattre en Europe. En parallèle, Kurt, un allemand, travaille dans une usine de Zeppelin pour le second Reich. En apprenant que son fils soldat à disparu sur le champ de bataille, il décide de s’engager pour le retrouver. Les destins de ces hommes que la guerre oppose, se croiseront, et leurs valeurs seront ébranlées à tout jamais.

11-11 Memories Retold est un jeu purement narratif, mais la maîtrise scénaristique est telle qu’à aucun moment je n’ai ressenti le moindre manque d’action. Tout un panel d’émotion est présent, allant de l’horreur, au suspense, à la joie, l’amour, la compassion et même l’humour.


La guerre est représentée ici de manière très réaliste, notamment au niveau de la propagande de l’époque délivrée aux citoyens. Les journaux et la radio étaient les seuls modes de communication donc les masses étaient facilement manipulés. L’énorme écart entre les fantasmes et la réalité du Front est incroyablement mis en avant dans ce jeu, et cela sur plusieurs niveaux. Que ce soit les échanges entre Harry et Julia, uniquement impressionnée par l’uniforme, ou encore entre Kurt et sa petite fille, restée en Allemagne, on pourra façonner nous même les écrits, en faisant attention aux mots utilisés. Tout est millimétré pour nous immerger dans l’époque. Les nombreuses fois où l’on montrera la photo du fils de Kurt aux autres soldats Allemands pour avoir la moindre information à son sujet sont poignants. Tout comme les premiers instant passés par Harry sur le champ de bataille, à photographier les corps qui jonchent le sol.

C’est un peu comme Gears of War, mais sans flingues

Les personnages se dirigent à la troisième personne, alternant entre Harry et Kurt. Ces personnages seront amenés à se croiser à plusieurs reprises au cours de l’aventure. Dans ces moments clés, une simple pression sur la croix permettra de basculer immédiatement de l’un à l’autre pour se sortir de certaines situations. Sans vouloir trop en dire, vous serez amené à contrôler d’autres personnages dans des séquences très réussies, tutoyant pour certaines le fantastique. Aucune arme n’est utilisable dans le jeu, l’action y est souvent représenté de part les actions contextuelles. Vous pourrez échanger avec des PNJ, activer certains mécanismes, jouer aux cartes (jeu de réflexe) et d’autres petites surprises.

Ça ressemble à du Claude Monet vous dis-je !

L’aspect visuel pourra par contre déplaire à beaucoup. J’avoue qu’il m’a fallu un certain temps d’adaptation. Les personnages et décors s’inspirent de l’impressionnisme. Comme des coups de pinceaux rappelant la gouache, ils semblent être en mouvements constants. On doit ce style atypique aux studios Aardman, déjà à l’oeuvre sur Wallace et Gromit, ou encore Chicken Run. Après environ une heure, je m’y suis habitué, grandement aidé par une direction artistique au top. Que se soit Paris, les décors de la Province Allemande, ou encore un champ de bataille : tout s’anime comme si cela faisait partie de souvenirs lointains, dont les détails nous échapperaient. C’est assez fascinant.

Tout cela est accompagné d’une bande originale composée par Olivier Derivière. Compositeur très expérimenté dans les jeux vidéo, ayant récemment oeuvré sur The Council ou Vampyr, il se dépasse ici comme rarement. La musique est parfaite, quelle que soit la situation. Relevant les scènes d’action avec des morceaux guerriers, ou encore les scènes émotionnelles, à s’en faire tirer des larmes : c’est vraiment superbe, et mériterait une place de choix dans la discothèque de n’importe quel mélomane. Pour renforcer l’immersion, les personnages du jeu parlent dans leur langue d’origine, donc les sous-titres sont imposés d’office. Pour ce qui est des acteurs, on parle de Elijah Wood et Sebastian Koch pour les personnages principaux. Du lourd.

Les choix à faire dans 11-11 Memories Retold, bien que peu nombreux, vous marqueront à coup sûr. De part la qualité d’écriture, la clarté du récit, les thématiques abordées, allant de la rédemption à la colère en passant par le pardon. Le spectre est si large qu’il est difficile de tout aborder ici. Je défie quiconque de ne pas être ébranlé par les derniers instants du jeu. A mon sens, ce jeu est plus qu’un simple jeu vidéo, c’est un lexique des valeurs humaines, qui devrait figurer avec les autres grands médias traitants de la première guerre mondiale. Essentiel.


En résumé 

11-11 Memories Retold est un jeu narratif qui se focalise sur l’aspect humain de la guerre. La puissance dégagée par cette histoire réaliste, est exceptionnelle. L’aspect visuel est particulier, et ne plaira pas forcément à tous, mais tout le reste est parfaitement calibré pour vous faire vivre une aventure mémorable. Vivement recommandé.

Critères d’accessibilité

  Déficience Visuelle   Déficience Auditive
Contraste élevé (réticule de visée) Sous-titres avec indications d’ambiance
Taille couleur de police Identification de la personne qui parle
Marquage des ennemis Police personnalisable
Interface personnalisable Couleur de police personnalisable
Couleur minicarte personnalisable Options d’alerte alternatives (vibration, flash…)
Option daltonisme Sons ambiants signalés (informe sur présence)
Option Text to speech
Ralentissement du jeu

 

Conditions de test

  Caractéristiques TV Full HD   Jeu fourni par l’éditeur Non
  Console Xbox One X   Temps passé sur le jeu 6 heures
  Niveau de difficulté Normal   Jeu terminé Oui

 

 

 

+ Les plus

  • Passionant et mémorable
  • Une direction artistique au top
  • Des idées scénaristiques épatantes
  • Une musique magnifique

- Les moins

  • Un visuel qui peut déplaire
  • Un peu court (5 heures de jeu)
Bercé aux jeux vidéo depuis l’Amstrad, j’ai vécu ma vie vidéoludique sur cet adage: mieux vaut rouler en fiesta et avoir un paquet de jeux, qu’en Porsche, et d’en avoir aucun!

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