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Un chef d’œuvre. Bien sûr, on peut lui reprocher de grosses ficelles lors des phases de furtivité ou une architecture exploration/combat/puzzle déjà rebattue dans d’autres licences. Néanmoins, l’univers, l’histoire, l’esthétique sombres et désespérées, servies par une OST de légende, happe le joueur sans discontinuer pendant 30 heures. Amicia et Hugo, ainsi que les personnages secondaires sont d’une humanité et d’une épaisseur comme rarement vues. Les torrents de rats, les charniers installent une ambiance de fin des temps que le parfum de lavande de la magnifique Provence peine à masquer. Les phases d’anthologie se succèdent, les dialogues claquent et poussent à la réflexion quand de sublimes panoramas laissent pantois. En somme, il y a beaucoup à dire sur A Plague Tale Requiem, et sans doute peut-être à redire… Mais il y a aussi et surtout le temps de se taire, et profiter. 

Note : critique garantie sans spoiler.

Le temps de l’innocence est révolu 

Provence, 1349. Amicia, son petit frère Hugo, leur mère Béatrice et leur ami Lucas tentent de vivre des jours heureux, loin de la fureur des événements survenus en Guyenne dans le premier opus. L’insouciance n’est bien sûr que de façade, la macula circule toujours dans les veines du petit frère. Néanmoins, tout ce petit monde fait comme si tout allait bien dans ce pays de cocagne si beau qu’on pourrait presque sentir la lavande environnante. Leur but, rejoindre un savant de renom, membre d’un Ordre d’Alchimistes, spécialisé dans la maladie du rat. Pourra-t-il soigner Hugo ? C’est le point de départ d’une aventure furieuse, désespérée et touchante.

A Plague Tale Requiem laisse peu de répit à ses protagonistes comme au joueur, et ce, dès le prologue. Les rares moments d’insouciance sont vite laminés par le chaos provoqué par les rats, la peste et la folie des humains. La Provence est magnifique, ainsi que l’île que la famille rejoint plus tard. De joueur, on bascule bien volontiers à spectateur s’en prenant plein la vue et ébahi devant de nombreux panoramas à couper le souffle. D’ailleurs, tous ne sont pas simplement de jolis paysages élyséens. Non, le macabre et le morbide s’invitent très souvent et sont mis en scène de telle sorte qu’on navigue entre dégoût et fascination. Une direction artistique synonyme de réussite totale.

Dès le prologue, s’instaure la structure que l’on va retrouver dans l’ensemble de Requiem. Pour commencer, des phases de dialogues entre personnages et PNJ, dans des moments calmes d’exploration. Ensuite, des segments dédiés à des petites énigmes environnementales, avec leviers, plateformes et feux faisant la part belle à la fronde d’Amicia. Enfin des arènes immenses, avec plusieurs chemins possibles, mettant en avant les trois manières d’appréhender les combats : évitement, furtivité et affrontement. Ainsi s’installe une routine dans les 16 chapitres que compte Requiem, une recette éprouvée par ailleurs dans d’autres jeux d’aventure comme les Tomb Raider ou les Uncharted par exemple. Ainsi, l’ architecture permet un rythme soutenu, avec des séquences tout à tour haletantes, certaines plus intimistes ainsi que quelques scènes de poursuite spectaculaires pour épater la galerie. Le but est atteint : maintenir une ambiance de fin des temps de bout en bout et des joueurs toujours aux aguets.

Une question de Vie et de Mort

Qu’il est loin le temps de l’Innocence, je parle du premier opus mais cela compte évidemment pour les protagonistes. D’enfants insouciants victimes des événements, Amicia et Hugo sont désormais éminemment actifs et acteurs de leur destin. Plus complices que jamais, plus jusqu’au-boutistes que jamais, le lien entre frère et sœur et la manière dont cette relation est traitée dans ce jeu est fascinante. Elle tranche radicalement avec les productions citées plus haut et les ringardise au plus haut point. Je rappelle que, par exemple, des héros iconiques comme Nathan Drake ou Lara Croft n’ont strictement aucun état d’âme à trucider des centaines d’ennemis. Le ton léger de Uncharted où les personnages cabotinent joyeusement entre deux tueries en fait vraiment un jeu/spectacle over the top dans toute sa splendeur.

Dans Requiem, les personnages, avec une réflexion sur le bien fondé de la mise à mort des ennemis, gagnent en épaisseur et en maturité. Amicia et Hugo se tirent constamment vers le haut ou le bas sur ce sujet. On ressent que les deux sont au bord de la rupture et même s’abandonnent à de pures pulsions de mort lors de quelques combats. Je précise d’ailleurs que si la mort est omniprésente, elle ne donne jamais lieu à une mise en spectacle gratuite ou complaisante. Ce qui tranche avec le reste des productions. C’est du coté des personnages qu’il faut regarder. Comment ne pas rester estomaqué, choqué, ne pas frissonner de terreur en entendant Amicia hurler qu’elle va prendre les entrailles de ses ennemis pour les étouffer avec !? Comment !? Je peux vous dire que des séquences d’anthologie sont vraiment éprouvantes et laissent KO debout. Du grand art.

Le plus intelligent là dedans, c’est que ces phases là de pure violence sont suivies de scènes où les personnages se parlent de ce déferlement aveugle. Ils nous obligent par la même, nous, acteurs autant qu’eux à se poser ces questions. Suite à ces échanges et réflexions, libre à vous d’en tenir compte ou pas pour les prochaines rencontres, vous montrant clément et furtif ou au contraire impitoyable en massacrant tous ces salauds de soldats.

Un rat-de-marée

Hantés par les événements d’Innocence, Amicia et Hugo ne sont donc pas des héros lisses et parfaits. Et c’est très bien. Enfin des personnages humains, faillibles et crédibles. J’en viendrais d’ailleurs presque à renoncer à les qualifier de “héros”… Restent des personnalités attachantes, insoumises et rebelles, qui portent ce jeu d’aventure avec brio. Attention, la noirceur du propos et de l’esthétique de Requiem sont très angoissantes et oppressantes. Les rats sont légion et forment une véritable menace perpétuelle. Des vagues déferlent sans pitié et donnent lieu à des moments épiques et mémorables. Les charniers et cadavres tapissent littéralement des niveaux entiers. Des sections entières n’ont rien à envier à Alien. C’est pour vous dire l’appétit insatiable de ces petites bestioles.

Je parle rarement de la bande originale dans mes critiques mais ici la musique est un chef d’œuvre dans le chef d’œuvre. Dans les moments d’accalmie, que l’on sait pertinemment passagers et fugaces, on profite de mélodies guillerettes et légères… Jusqu’au prochain accroc macabre, avec les premières notes dissonantes comme annonçant un orage en approche. Sauf que là, ce sont des rats qui tombent sur la tête d’Amicia et Hugo. Dans les passages épiques, la musique se fait grandiose et terrible pour magnifier le moment. Une OST de légende, tout simplement.

Le doublage est également d’extrême qualité. Tout en français, le panel des émotions que les comédiens doivent nous faire ressentir est très large et le résultat est excellent. De l’effroi à l’émerveillement, tout est juste et force le respect quant à l’interprétation. Bravo.

Quelques mécaniques datées et ratées…

Tout n’est cependant pas au niveau des qualités citées plus haut. De grosses et vilaines ficelles  subsistent dans les phases de furtivité. Pour commencer, des bacs de ferrailles comme dans le premier opus font tache et m’ont fait grimacer méchamment. Une mauvaise surprise. Néanmoins, Amicia est suffisamment douée pour ne pas en avoir besoin pour faire diversion. La preuve, au-delà de son utilisation pendant le prologue, plus jamais pendant les 30 heures de l’aventure, je n’ai pas recouru à ces trucs permettant de faire diversion quand on tire dessus. 

Une autre grimace est survenue sur mon délicieux visage quand je me suis aperçu que les PNJ aux côtés d’Amicia sont invisibles pour les ennemis. Oui comme dans The Last of Us pour donner un exemple célèbre. Ensuite, les ennemis à visage découvert se ressemblent tous. Je veux bien que les PNJ forment une belle et grande famille, m’enfin tout de même ! Enfin, l’IA ennemie est vraiment en deçà également, avec un Q.I. de poisson rouge. Tout cela tord l’immersion sans néanmoins la rompre, eu égard à la puissance évocatrice de l’univers de A Plague Tale Requiem.

Pour terminer, engager ouvertement le combat n’est certainement pas une bonne idée. Amicia est certes talentueuse, il n’en reste pas moins qu’elle ne fait pas le poids contre des ennemis en armure. Avec ses décoctions attisant le feu ou au contraire l’étouffant, avec sa fronde, les embuscade et l’évitement sont ses meilleures armes. A moins que ce soit Hugo… 

Les points moins reluisants cités plus haut ne pèsent pas lourd considérant les frissons, les petites larmes versées et le plaisir que fait ressentir A Plague Tale Requiem. Son histoire poignante et brutale, son univers médiéval chavirant par moment dans le fantastique happe le joueur qui ne demande que ça. Avec ce deuxième opus, Asobo réussit à asseoir une mythologie solide sur fond de guerre souterraine impliquant l’Ordre des Alchimistes, la Macula et les torrents de rats. Pour moi, déjà un classique.


Critères d’accessibilité

  Déficience Visuelle   Déficience Auditive
✘ Contraste élevé (réticule de visée) ✘ Sous-titres avec indications d’ambiance
✔ Taille couleur de police ✔ Identification de la personne qui parle
✔ Marquage des ennemis ✘ Police personnalisable
✘ Interface personnalisable ✘ Couleur de police personnalisable
✘ Couleur minicarte personnalisable ✘ Options d’alerte alternatives (vibration, flash…)
✘ Option daltonisme ✘ Sons ambiants signalés (informe sur présence)
✘ Option Text to speech  
✘ Ralentissement du jeu  

Conditions de test

  Détails TV4K   Jeu fourni par l’éditeuroui
  ConsoleXbox Series X   Temps passé sur le jeu40 heures
  Niveau de difficulténormal   Jeu terminéoui
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  1. Merci Bibi pour ce test et ces quelques paragraphes bourrés de punchlines qui sentent la passion !
    Le magnifique 1er opus en a laissé plus d’un surpris et que dire de ce deuxième mis à part que j’ai hâte de continuer.
    Fierté et plaisir de la production française dès l’écran titre que j’ai mis un quart d’heure à quitter , je suis conquis au chapitre 3 haha … Juste hâte de continuer !