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Pentiment frappe tout d’abord les esprits avec une direction artistique unique en son genre. Comme sortie d’un livre aux mille enluminures, elle resplendit sur cette saga historico-tragique parfois touchante, souvent cruelle. Le personnage principal va se retrouver, bien malgré lui au cœur d’un complot le dépassant, à enquêter sur des meurtres brutaux. Ces derniers passionnent par l’éventail des possibilités eu égard au nombre des suspects, au peu de temps imparti et aux capacités choisies pour façonner le héros. Quel régal de suivre sur des décennies ses (més)aventures, ses rencontres avec des générations d’habitants que l’on suit comme dans une fresque romanesque. Cela permet également à nous, joueurs et joueuses, de plonger dans une époque à la croisée des chemins, tant sur la religion, la politique, les coutumes, la vie quotidienne. Une plongée quasi archéologique méticuleuse pour ce jeu d’enquêtes qui réclame beaucoup de temps pour être savouré à sa juste valeur. Passionnément.

C’est ça la vie d’artiste ?

Dans un coin oublié du Saint Empire romain germanique, dans un 16ème siècle frémissant de changements majeurs, Andreas Maler profite de sa vie insouciante d’artiste. Au cœur d’une petite Abbaye perchée dans les Alpes bavaroises, le voilà en train de tranquillement peaufiner son chef-d’œuvre. C’est l’indispensable dernière étape avant de devenir maître en son art et ouvrir son propre atelier dans une grande ville, loin des moines et des bouseux. Juste à côté, la charmante bourgade de Tassing lui offre quelques distractions, de quoi se loger et se nourrir. Surtout que Andreas n’est pas non plus un acharné de travail. Pendant les premières heures, j’ai surtout passé mon temps à faire connaissance avec les habitants, les lieux ainsi que les us et coutumes de l’époque. Car Pentiment offre une plongée documentaire dans le 16ème siècle, à la croisée de chemins.

Bouleversements religieux, politiques, linguistiques avec le déclin du latin, technologiques avec l’imprimerie, une bascule s’opère et Tassing, toute isolée qu’elle soit, est rattrapée par la marche implacable du Temps. Et le joueur au travers de ce héros romantique au possible de se passionner pour peu qu’il s’applique à lire, discuter, observer. En tout cas, moi, j’ai dévoré tout ce que j’ai pu. Oui mais voilà, l’innocence va un temps et un meurtre sauvage d’un noble, au cœur même de l’Abbaye, va jeter une ombre terrible sur toute la communauté. Pour innocenter son vieux mentor accusé à tort, Andreas va se mettre en tête de trouver le coupable. Pas facile quand la victime a eu au cours de sa vie une fâcheuse tendance à se faire des ennemis… 

Ces premières heures sont également l’occasion de sélectionner les traits principaux d’Andreas. Est il fin orateur ? Ou plutôt doué en langues anciennes et en ésotérisme ? Sa période d’apprentissage à Venise lui sera-t-elle d’un quelconque secours dans ce coin perdu ? Énormément de possibilités à première vue anodines et pas forcément pertinentes. Mais je vous rassure, aucun choix concernant les aptitudes d’Andreas n’est plus « valable” qu’un autre, c’est juste qu’il démêlera à sa manière et selon ses capacités les nœuds de l’enquête.  

L’oiseau de Maler

Le premier meurtre est surtout le point de départ d’une fresque historique s’étendant sur plusieurs décennies et mettant en scène plusieurs crimes de sang, pour lesquels Andreas se retrouve indirectement impliqué. Une véritable saga passionnante que j’ai suivie comme un formidable roman fleuve de plusieurs milliers de pages. Autant vous le dire : le rythme est très lent, il faut accepter de papoter avec beaucoup de PNJ et aimer lire des récits historiques, austères et au langage soutenu. Néanmoins, quel régal de se retrouver embarqué dans une variante du Nom de la rose, ou de Cadfael, série britannique un peu oubliée où un moine atypique mène l’enquête.

Avec de nombreux suspects et insuffisamment de temps pour explorer toutes les pistes, Andreas et le joueur se retrouvent souvent au pied du mur, insatisfaits ou hésitants, avec le sort d’accusés entre les mains. Et sur la conscience. Les intrigues m’ont souvent convaincu de la culpabilité de l’un avant qu’une découverte majeure ne fasse tout basculer vers un autre. Diabolique. Et in fine, un complot bien plus vaste va se dessiner et présider le sort de la communauté sur 25 ans ! 

Ainsi, le village de Tassing va quelque peu changer, les adultes vieillir, les enfants s’épanouir avant qu’eux-même aient leur propre marmaille. Quel plaisir de retrouver entre chaque saut dans le temps, à mesure qu’Andreas revient dans ce village qui l’a marqué au fer rouge, l’ensemble de la population, avec ses personnages attachants ou ses salauds. Même eux sont dignes d’intérêts. Évidemment, les morts aussi hantent les conversations et le tout nourrit une histoire intime et captivante de ce petit village tout ce qu’il y a de banal à première vue. A première vue seulement car encore une fois, une machination bien plus vaste, tout aussi implacable qu’invisible ne laisse jamais tranquille qui que ce soit.

L’acte III comme un chemin de croix

Avec les très nombreux traits et compétences alloués à Andreas, la quantité de suspects, le peu de temps pour les confondre, la rejouabilité est assurée. Par contre, il faut du temps devant soi, j’ai mis 59 heures pour boucler un premier run. Bon, il est vrai que j’ai pris mon temps, mais tout de même, n’espérez pas lancer Pentiment pour de petites sessions de détente. 

De même, il faut un minimum se concentrer pour suivre un récit se déroulant dans une époque et un lieu déroutants où il est dangereux de s’élever contre la doxa catholique ou même les traditions les plus arriérées. Autant d’éléments à prendre en compte quand on essaie de se mettre dans la poche son interlocuteur et lui tirer les vers du nez. Un vrai travail d’enquêteur, alors que ce brave Andreas ne voulait que vivre de son art. Ce dernier est réellement un anti-héros attachant et rend les heures passées avec lui une véritable odyssée.


Il n’y a guère que le troisième et dernier acte que j’ai trouvé assommant. Dans sa première partie du moins, avec des allers et retours très nombreux dans Tassing, que je connaissais à force sur le bout des doigts. Mais ce chemin de croix n’est en fait qu’une montée en puissance pour un final estomaquant et en phase avec une époque de bouleversements. L’ensemble est malgré tout suffisamment puissant pour que je me laisse tenter à relancer une partie en essayant de détecter des signes et indices sur l’identité de l’antagoniste majeur de ce Pentiment au combien difficile à lâcher. Comme dans un roman fleuve, quand on sent la fin approcher, j’ai ressenti cette même douce mélancolie à refermer la dernière page. On ne devrait jamais quitter Tassing…

  Déficience Visuelle   Déficience Auditive
✘ Contraste élevé (réticule de visée) ✔ Sous-titres avec indications d’ambiance
✘ Taille couleur de police ✔ Identification de la personne qui parle
✔ Marquage des ennemis ✘ Police personnalisable
✘ Interface personnalisable ✘ Couleur de police personnalisable
✘ Couleur minicarte personnalisable ✘ Options d’alerte alternatives (vibration, flash…)
✘ Option daltonisme ✘ Sons ambiants signalés (informe sur présence)
✘ Option Text to speech  
✔ Ralentissement du jeu  
  Détails TV4K   Jeu fourni par l’éditeurOui
  ConsoleXbox Series X   Temps passé sur le jeu31 heures
  Niveau de difficultéFacile   Jeu terminéNon
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